‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 106 sur 186 · CHAPITRE NEUVIÈME 20o · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME 20o

lin l'a entourée, alors même que quelques-unes des traditions répétées avec foi et amour par le poète ' paraîtraient ressembler, en certains détails secondaires, à ces efflorescences que l'imagination populaire ajoute quelquefois aux faits les plus authentiques. La légende, qui s'appuie d'ordinaire sur un fond vrai, est une part de l'histoire : et, du reste, n'at-elle pas, selon un mot de M. de Montalembert, « un autel dans le plus beau des temples, dans le cœur du peuple ? »

Saint Félix était né à Noie, mais son origine était étrangère; il venait de cet Orient, d'où la lumière évangélique était partie et avait rayonné sur le monde : nulle origine, dit Paulin, ne convenait mieux à cet apôtre de sa cité-. Son père était un vétéran des armées romaines que le sort des guerres avait amené en Gampanie, et qui était venu finir ses jours à Noie, opulent et tranquille. Félix avait un frère, auquel il abandonna l'héritage paternel, préférant aux richesses périssables les vrais et solides biens'; et dès ses plus jeunes années il se consacra au service de Dieu. 11 commença par les degrés inférieurs du sanc-

1 Ut seris anliqua minoribus setas

Tradidit. (Natale vi.)

2 Ex Oriente genus; nec enim magis altéra tellus Felicis patriam decuit...

Ut nobis esset pia vena fidei. {Natale iv.)

3 Ille caduca Maluit, hic solida...

Seseque a puero pia mens cceleslibus edens, Instituit servire Deo. (Ibid.)

20B HISTOIRE DE SAINT l'AUMN DE NOLE

Luaire, lecteur d'abord, puis exorciste, et déjà redoutable aux esprits mauvais, prêtre enfin; le vieil évêque de Noie, Maxime, dont il était la gloire et l'appui, l'aimait comme un fils, et se flattait de l'avoir un jour pour successeur ^ Tout à coup la persécution éclata. Paulin ne précise pas ici les dates, et il est bien difficile, dans l'état actuel de la critique, et en face des opinions contradictoires qui se sont produites , de les déterminer aujourd'hui ; mais comme il parle de siècles écoulés depuis saint Félix, il paraît plus vraisemblable de penser que cette persécution n'est pas, comme on l'a cru, la. dernière, ou une des dernières, mais plutôt une des persécutions antérieures-. Le vieil évêque, à l'exemple des saints, de saint Cyprien lui-même, qui ne se croyaient pas obligés de courir au martyre, tout en se tenant prêt à l'affronter, céda à l'orage et s'enfuit dans les montagnes, laissant Félix, plus jeune, à la tête du troupeau tremblant. Jamais son âme ne parut plus grande; jamais son front ni ses yeux n'avaient brillé d'un plus beau feu. C'était lui qui ranimait les cou-

1 Tune senior sanclis Nolanam legibus urbem Maximus...

Presbytero Felice potens, quem mente paterna Complexus veluti natum, sedisque fovebat Hseredem. {Natale iv.)

2 Après avoir énuméré les diverses opinions qui placent sa mort en 300, 310, 312, Muratori, s'appuyant sur une expression plusieurs fois répétée par Paulin, tôt siecida rétro, pense que la mort de saint Félix doit être reculée jusqu'à la moitié du second siècle. Mais le mot siècles n'est-il pas employé poétiquement par Paulin pour le mot années?

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