‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 107 sur 186 · CHAPITRE NEUVIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE NEUVIÈME

rages, qui empêchait les défaillances, tout rempli de Dieu, dont l'amour l'embrasait, et brûlant de répandre pour lui tout son sang'. L'évêque échappé, c'est sur lui qu'on s'acharne. On le saisit. Il traverse radieux les rues de la ville au milieu des soldats qui l'entraînent. Mais avant de le frapper du glaive, pour triompher de sa constance, on le plonge dans un cachot ténébreux, les mains et le cou chargés de chaînes, les pieds étendus et serrés dans des entraves, n'ayant pour lit que des fragments de pots cassés; mais dans le cachot le Christ descend avec son martyr, et Félix, libre dans les fers, habite déjà par son àme le ciel , où l'attend sa glorieuse couronne -.

Cependant le vieil évêque souffrait un martyre non moins douloureux % torturé par les sollicitudes que lui causaient les périls de son église, et mourant de

1 Celso jam spirans sidéra flatu,

Et tacitis acuens stimulis in prœlia mentera, Impavidus trepidum servabat pastor ovile, Exemple Domini promptus dare pro grege vitam, Corde Deum gestaas, et plenus pectora Christo. (Natale iv.)

2 Ilicet arripitur gaudens...

Primus supplicii de carcere texitur ordo. Ferrea junguntur tenebrosis vincula claustris ; §tat manibus colloque chalibs, nervoque ligescunt Deducente pedes'; slernunlur fragmina testse. Nec requie tamen est vacuus, nec luminis expers Confesser, cui jam sociatus in omnia Christus Compatitur; vincto quamvis in corpore liber Spiritus anlevolat summi in penetralia Chi'isli, Préméditante anima certis sua prœmia votis. (Ibid.) ^ Diversa, et non leviore i'erebat

Martyrium criice. [Ibid.)

208 HISTOIRE DK SAINT l'ALI-IN DE NOI.E

froid et de faim dans les montagnes; mais Dieu, qui veillait sur cette église, renouvela en faveur de son évoque et de son prêtre le miracle de la délivrance de Pierre : tout à coup, au sein de la nuit profonde, les ténèbres du cachot s'éclairent; un ange touche les chaînes de Félix et les détache, et lui dit : « Suismoi. » Et marchant devant lui dans l'obscurité qu'il fait briller de son éclat céleste, à la fois son guide et son flambeau, il l'entraîne, à travers les gardes endormis et les rues silencieuses de la cité, jusqu'au lieu sauvage et désert où gisait Maxime \ Mais , hélas! il était mourant; comment le rappeler à la chaleur et à la vie? Félix se jetle dans ses bras, le couvre de ses baisers; puis il se met en prières, et, regardant autour de lui, tout à coup il aperçoit une grappe, que Dieu venait de faire pendre miraculeusement au buisson voisin; il en exprime le jus dans la bouche du vieillard, que ce secours inespéré ranime; et, le prenant sur ses épaules, il le porte, ou plutôt le Christ lui-même les porte tous les deux à la demeure du vieil évêque. Félix y dépose et y cache son précieux fardeau et va chercher pour lui-même un autre asile.

* Venit ergo micans in nocle silenti

Angélus...

Jubet excussis assurgere vinclis, Et subito, ut molles manibus fluxere catenœ, Sponte juge cervix ferrato exuta levatur, Prosiliuntque pedes laxato caudice nervi, Perque ipsos via fit, per quos via clauditur : ibat Angélus, et tacitae per arnica silenlia noctis Lux et iter Felicis eral. {NaUtlr iv.)

Page 1