CHAPITRE DIXIÈME
pôtre, notre trésor dans des vases fragiles ; ou même de la simple vaisselle de bois ' : le dépouillement avec l'austérité. Quant aux vêtements , Paulin portait , comme nous l'avons dit, la grossière robe monastique; plus tard, à l'imitation des moines de saint Martin, cette robe sera une rude tunique de poils de chèvre ou de chameau -, avec une corde pour ceinture : il aura aussi la tête rasée ^ Nous l'entendrons plus d'une fois s'expliquer sur ces austérités, dont il rit en quelque sorte, tant il les regarde de haut, mais dont le prix est grand, il lésait, parce qu'elles expient les anciennes iniquités, et qu'elles méritent les faveurs du Ciel.
Il faut toujours, quand on rencontre ces vertus chrétiennes, regarder à côté, dans ce monde romain, qui les voyait éclore près de lui avec stupéfaction et colère. Comment ces patriciens dégénérés, « qui croyaient avoir égalé les travaux de César s'ils côtoyaient le golfe de Baies, bercés sur une barque somptueuse, éventés par de jeunes garçons, et déclarant la vie insupportable si un rayon de soleil se glissait à travers le parasol ouvert sur leur tête, qui ne rougissaient pas de traîner en public toute l'infamie de leurs orgies domestiques'', » comment ces voluptueux auraient- ils compris le dédain de toutes
1 Epist. V, ad Severum.
- Si modo lugentem gravis hirto tegmine saccus Caprigenum setis dum teget, et stimulet.
{De Obilu Cclsi pueri , Poema xxxii.) 3 Epist. XXII, xxiii, ad Severum.
'' Ozanam, la Civilisation chrétienne au v xil'^cle.
ces choses dont ils vivaient, ou plutôt, hélas! dont ils nnouraient et le monde avec eux? Mais nous verrons Paulin heureux et comme triomphant au sein de ces dépouillements qui lui rendaient la pureté et la dignité de son âme, la paix profonde de sa conscience, et le libre vol de sa pensée vers les choses éternelles.
Le condiment de toutes ces austérités, c'était la prière, léchant des louanges de Dieu : on se levait la nuit pour chanter alternativement des hymnes et des psaumes; dès l'aurore on célébrait l'office du matin; le soir, à la clarté des lampes, on chantait les vêpres '; quoiqu'il ne soit pas parlé expressément, dans ce qui nous reste des œuvres de saint Paulin , des autres heures en usage dès lors dans l'Église pour l'office divin, Tierce, Sexte et None, on ne peut guère douter qu'il ne s'y soit conformé. Le chant divin, ce sera aussi la grande occupation de ces générations monastiques dont Paulin est le précurseur, et qui bientôt, partout répandues, dans la solitude comme dans les cités, au fond des vallées comme au sommet des montagnes, feront monter incessamment vers Dieu, la nuit comme le jour, la voix ininterrompue de la prière et de la louange.
Un autre condiment de cette vie monastique, c'était le travail d'esprit, comme dans d'autres monastères c'était le travail des mains; non que le travail des mains y fût absolument ignoré : car com-
1 Epist. xxiH, ad Severum. — Natale vir.