‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 116 sur 186 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

ment oublier ici le petit jardin de saint Félix , que Paulin cultivait lui-même? Il y avait même, outre le jardin, un verger, qui communiquait par une porte avec la basilique du saint '. Mais le soin de ce jardin et de ce verger élait plutôt une distraction pour le solitaire: l'étude, telle était sa grande occupation; d'abord l'étude des saints livres, dont il s'emparera et s'inspirera de plus en plus; puis, comme il ne faut pas garder pour soi les trésors de son âme, de même qu'il avait fait, qu'il fera, toute sa vie, avec son or, l'aumône corporelle, Paulin fera avec son génie l'aumône spirituelle : poète, il transformera son talent pour les vers en apostolat; écrivain, il transformera en apostolat encore sa correspondance élégante et éloquente avec les premiers personnages de son temps : tel sera l'emploi que nous lui verrons faire de la totale liberté conquise par ses généreux renoncements. C'est de la sorte qu'il marchera au grand but qu'il s'est proposé en venant dans la solitude, à savoir: la lutte morale, le progrès continu dans le bien , ce que l'on appelait dans la langue de ce temps -là la philosophie chrétienne; en d'autres termes, le perfectionnement laborieux, l'épuration incessante, et, en un mot qui dit tout, la sanctification de son âme.

Les souvenirs que Paulin avait laissés en Campanie étaient encore vivants dans toutes les mémoires : aussi fut-ce avec une joie extrême que la ville de Noie,

1 Epist. XI, XIII, XXXII, XXXIX.

ainsi que son vénérable pontife, l'évêque Paul, accueillirent l'hôte que la Providence leur envoyait , plus illustre maintenant par le mépris qu'il avait fait des choses humaines qu'autrefois par toutes ses dignités. L'évêque laissa une grande latitude à Paulin et à ses compagnons en ce qui concernait la basilique de Saint- Félix et la garde de son tombeau. Il paraît même que Paulin exerça aussi à Noie, dans une mesure qu'il est impossible de préciser, les fonctions sacerdotales, du moins le ministère de la parole; mais il ne nous reste de toutes ses prédications qu'un seul discours, un sermon sur l'aumône, dont nous parlerons en son temps. Toute la Campanie fit de même à l'illustre solitaire l'accueil le plus empressé; en particulier l'évêque de Capoue, Memorius ou Memor, qui était de race patricienne, et Emilius de Bénévent : la plus tendre affection ne cessa dès lors de régner entre eux. Ces sympathies eurent bientôt l'occasion de se manifester : l'année qui suivit son arrivée à Noie, c'est-à-dire dans l'été de l'an 395, par suite, soit de la fatigue du voyage, soit du changement de climat, soit de l'austérité de son régime, il fit une maladie. Aussitôt que la nouvelle s'en fut répandue, tout le monde s'émut: « Évoques, prêtres, séculiers, il n'y eut personne, écrivait-il, qui se crût permis de ne pas venir me témoigner son intérêt. » Même les préventions qui s'étaient élevées contre lui à Piome tombèrent comme d'elles-mêmes, et il n'y eut bientôt plus dans le clergé romain qu'un petit nombre de prêtres qui continuaient à lui porter envie,

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