‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 117 sur 186 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

mais qui, ne trouvant pas par où l'attaquer, frémissaient vainement : lui , suivant le conseil qu'il avait autrefois donné à Sévère, s'était bouché les oreilles avec des épines, et il n'entendait plus, dit- il, ces lointains murmures que comme le bourdonnement importun d'une mouche '. Bientôt même tout fut apaisé, .et à Rome comme partout l'admiration devint universelle. Il prit l'habitude d'y faire tous les ans, à la fête des saints Apôtres, un voyage de dévotion *.

Arrivé à Noie , comme nous l'avons dit , vers la fin de l'automne de 394, le 14 janvier de l'an 395 ne devait pas tarder à lui ramener les fêtes de saint Félix, qu'il avait vues pour la première fois il y avait déjà quinze ans ! Le concours des peuples cette année -là fut considérable; peut-être le désir de voir Paulin était -il un attrait de plus. Quant à lui , son émotion fut profonde ; elle éclate encore dans le poème qu'il composa à cette occasion en l'honneur du saint, et où se fait sentir, avec la plus vive piété pour Félix, la joie d'un homme qui a enfin trouvé le repos, la sécurité, et, comme il le dit, le port :

« Il est donc revenu le grand jour où le Christ vous appela dans la patrie céleste, et il est donc enfin permis , ô Père, ô Maître, à vos serviteurs, tout indignes qu'ils en sont , de le célébrer dans l'enceinte de votre glorieux sanctuaire. »

^ Epist. V, ad Severum.

■2 Romse, cum solemni consuetucline ad beatorum apostolorum natalem venissemus. (Epist. xxi, ad Delphinum.)

11 rappelait ensuite, dans des vers cités déjà par nous, le jour mémorable où il avait vu pour la première fois ces fêles; puis, après avoir décrit les foules accourues ce jour-là à Noie, avec toute la variété do leurs costumes pittoresques,

Ecce vias vario plebs discolor agmine pingit,

il s'écriait :

(( 0 Félix , soyez toujours bon et propice à vos enfants; priez pour eux le Dieu tout-puissant : qu'ils puissent enfin, échappés aux flots des mers, aux flots non moins orageux du siècle, se reposer près de votre sanctuaire comme dans un port tranquille. C'est là, sur ce rivage, que j'attache mon navire, c'est là que je veux jeter l'ancre de ma vie pour jamais. »

Cependant de grands événements, heureux pour l'empire et pour l'Église , venaient de s'accomplir. Théodose avait rapidement triomphé d'Eugène ; vaincu dans une bataille où s'étaient heurlées les armées de l'Orient et de l'Occident, ce fantôme d'empereur avait disparu, et Arbogast s'était fait justice à lui-même en se jetant sur son épée. Avec eux tombaient les derniers défenseurs du paganisme; Théodose était de nouveau maître du monde; le christianisme triomphait avec lui. On savait avec quel esprit chrétien il avait entrepris cette guerre; il s'y était préparé par le jeûne et la prière; il avait avant de s'y décider consulté les sainls , et un solitaire de la Thébaïde, Jean, dit l'Égyptien, lui avait prédit le

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