‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 118 sur 186 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

succès ; on attribuait ce succès plus encore à la protection de Dieu qu'à ses armées ; les éléments , en effet, avaient paru combattre pour lui, et cette idée était si généralement répandue qu'on en surprend Técho dans les vers de Claudien lui-même, qui semble avoir trouvé pour l'exprimer un langage chrétien : « 0 homme chéri de Dieu ! » s'écrie-t-il ; le païen reparaît ensuite : « toi pour qui Éole lance de ses antres des tempêtes armées, pour qui l'air combat, qui vois les vents conjurés accourir au son de tes trompettes. » Et comme Théodose avait tout attendu de Dieu, il n'avait pas perdu un moment pour lui tout rapporter après la victoire. Dès le soir même du combat, il écrivait à saint Ambroise une lettre où il lui demandait des actions de grâces publiques et ses conseils particuliers. Ambroise porta la lettre à l'autel, et la tint à la main pendant le saint sacrifice, « pour que, disait-il à l'empereur, ce fût votre foi qui parlât par ma bouche, et que le rescrit impérial luimême me tînt lieu d'offrande. » Et quand , après la victoire , le sénat romain lui avait envoyé à Milan une députation pour le féliciter, le religieux empereur avait vivement exhorté ces derniers tenants du paganisme à répudier enfin le culte des fausses divinités : plusieurs conversions éclatantes eurent, en effet, lieu alors, comme après la victoire sur Maxime; enfin Théodose s'occupait à compléter la grande œuvre de sa politique chrétienne en portant par de nouvelles lois un dernier coup au paganisme agonisant. Mais le temps devait lui manquer. Il avait rem-

porté la victoire sur Eugène le 6 septembre 394; le 17 janvier 395 il mourait tout à coup, dans la plénitude de son âge : il n'avait que cinquante ans. II avait placé sur le trône d'Occident son jeune fils Honorius, sous la tutelle du grand guerrier Stilicon ; Arcadius, un autre enfant, lui succédait en Orient, avec le gaulois Rufîn pour ministre.

Ces événements remuaient profondément les esprits; mais il n'y avait sur le grand homme que l'empire venait de perdre qu'une voix : on le comparait aux plus illustres empereurs; les chrétiens l'appelaient un nouveau Constantin; saint Ambroise, dans l'éloquente oraison funèbre qu'il avait prononcée le jour de ses funérailles à Milan, n'avait pas oublié de mettre en parallèle celui qui avait inauguré et celui qui avait consommé l'empire chrétien.

Quel sujet pour l'éloquence des rhéteurs I Qui en ferait le panégyrique? Car les panégyriques étaient devenus le grand emploi de l'éloquence, et Pline, qui a ouvert la voie à ce genre de littérature par son éloge de Trajan, n'avait eu que trop d'imitateurs. Quand on lit ce qui nous en reste, les harangues d'Eumène, par exemple, ou même le remerciement d'Ausone pour son consulat, on éprouve un sentiment de compassion et de confusion devant ces efforts d'une rhétorique misérable, où la décadence de l'art et l'abaissement des âmes se font sentir au même degré. Déjà, après la victoire de Théodose sur Maxime, un rhéteur païen, Pacatus, avait prononcé son panégyrique, non sans verve et sans éclat : c'est une des

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