CHAPITRE DIXIÈME
plus supportables de ces compositions; mais le grand empereur chrétien méritait d'être loué d'autre sorte. C'est pourquoi un rhéteur de Rome, ami de Paulin, chrétien et poète comme lui , crut devoir l'engager à essayer une si grande œuvre : le héros était digne d'un tel panégyriste, et le panégyriste d'un tel héros, Paulin se laissa tenter, et se mit à l'œuvre. Était-ce avant ou après la mort de Théodose, c'est-à-dire dans l'espace de temps qui s'écoula entre le 6 septembre 394, date de la défaite d'Eugène, et le 17 janvier 395, date de la mort du grand empereur, ou plus tard? Les textes ne sont pas par eux-mêmes très clairs sur ce point; mais il est incontestable que cette œuvre, à lui suggérée par Endelechius, fut le premier emploi sérieux qu'il fit de ses loisirs à Nole^ Il écrivit celte composition oratoire, mais il ne la livra pas au public; c'est ce qu'il eut soin lui- môme de dire en l'adressant quelques années plus tard à son ami Sulpicc Sévère, non sans quelque pudeur d'avouer qu'il a commencé sa vie de retraite par ce travail qui pouvait sembler à son austère ami étranger aux préoccupations d'un solitaire, et comme une sorte de retour à l'humaine sagesse; c'est pourquoi il mettait en tête, comme préface explicative, la lettre d'Endeléchius qui le lui avait demandé, et il s'excusait en quelque
1 II nous reste de ce Severus Sanctus Endelechius une pastorale chrétienne. Deux bergers se plaignent d'avoir perdu leur troupeau; survient un troisième berger qui a conservé le sien, grâce à la croix du Pasteur suprême, dont il fait réloge. (De morlibus Boum, edit. F. Piper; Gollingen, 1835.)
sorte de ce qu'il appelait un passe-temps, une bagatelle. « Une bagatelle, disait-il, situ n'as égard qu'à ma pensée et à mon style, mais non pas si tu considères le sujet. J'avoue que c'est à la demande d'un ami, mais bien volontiers, que j'ai entrepris ce travail, et parce que je voulais louer en Théodose moins l'empereur que le serviteur du Christ, moins l'orgueil de la domination que la glorieuse humilité qui voyait dans la suprême puissance un service, moins la couronne du prince que la foi du chrétien *. » Voilà un point de vue bien différent de celui des panégyristes païens qu'avait déjà eus à subir Théodose, et combien on regrette de ne pouvoir juger ce que l'éloquence de Paulin y dut gagner : mais cette première œuvre du solitaire de Noie est perdue ^.
On le regrette bien plus encore quand on lit ce qu'en a écrit saint Jérôme. Un des premiers soins de Paulin, en effet, dès son arrivée à Noie, comme auparavant dès son arrivée en Espagne , avait été de demander de nouveau les conseils de ce grand maître ; et il n'avait pas manqué de joindre à la lettre qu'il lui fît porter un exemplaire de ce discours. Jérôme fut dans l'admiration; tous ses goûts de rhéteur, car il l'avait été, il l'était toujours, dans la noble acception du mot, c'est-à-dire toutes ses délicatesses
1 Epist. XXVIII, ad Severum.
2 Nous nous associons ici bien volontiers à Muratori faisant des vœux pour qu'un érudit recherche et retrouve dans quelque bibliothèque cet écrît de Paulin, comme lui-même a eu la bonne fortune de découvrir quatre de ses poèmes.