CHAPITRE DIXIÈME
de connaisseur et d'homme de l'art, se réveillèrent, et il fît à Paulin ce splendide éloge de son œuvre :
« J'ai lu avec un plaisir extrême votre panégyrique de Théodose, qui est écrit avec autant d'élégance que de raison. J'en aime surtout la disposition. Dans les premières parties vous surpassez les autres orateurs; dans la dernière vous vous surpassez vous-même. Le style en est à la fois grave et orné, et la pureté de l'élocution cicéronienne s'y unit heureusement à l'abondance des pensées; car c'est un pauvre discours que celui où le fond ne répond pas à la forme. En outre, tout y est parfaitement enchaîné , tout se tient : quelque endroit que l'on prenne, c'est la fin de ce qui précède et le commencement de ce qui suit. Heureux est Théodose d'avoir trouvé un orateur tel que vous. Vous avez illustré sa pourpre, et consacré ses lois devant les siècles futurs. Si tels sont vos débuts, que sera-ce quand l'exercice aura mûri votre talent? » Puis, s'animant à ces pensées : « Oh ! s'écriait le vieil interprète des saints livres, s'il m'était donné de conduire un génie tel que vous, non sur les monts Aoniens'^ ni sur les sommets de l'Hélicon , comme disent les poètes , mais sur les cimes sacrées de Sion, du Thabor et du Sinaï, si je pouvais vous communiquer ce que j'ai appris, et vous mener comme par la main à travers les mystères des propliètes, il naîtrait parmi nous quelque chose quo la docte Grèce nous envierait ^ »
1 Oh! si mihi liceretisliusmodi ingenium non per Aonios montes et Heliconis vertices, ut poetce canunt, sed per Sion , et Ita-
232 niSTOIRE DE SAINT PAULIN DE NOLE
Ainsi Jérôme saluait les espérances que le récent converti donnait à l'Église, et il l'exhortait plus vivement qu'il ne l'avait encore fait à l'étude de l'Écriture sainte, et de nouveau il lui rappelait la méthode d'interprétation qui était la sienne , et qu'il lui avait indiquée déjà, c'est-à-dire de ne pas s'arrêter au sens littéral, à l'écorce du code divin, mais de pénétrer jusqu'au sens intime et profond, moral et prophétique. « Écoutez donc, lui disait -il, ô mon compagnon au service du Christ, mon ami, mon frère, et apprenez par quelle route vous devez marcher dans les saintes Écritures. Tout ce que nous lisons dans les livres inspirés est beau sans doute, même à ne prendre que l'écorce, mais au fond, à la moelle pour ainsi dire, bien plus doux encore. Celui qui veut manger l'amande, qu'il brise le noyau '. » Et revenant sur ce que le génie de Paulin gagnerait à celte élude : « Si vous donniez , disait -il, ce fondement ou plutôt ce couronnement à vos œuvres, nous n'aurions rien de plus beau, et de plus suave, et de plus latin enfin que ce que vous écrivez. »
Avec les saints livres , Jérôme conseillait à Paulin les grands écrivains de l'Église latine : Tertullien ,
birium et Sina, et excelsa ducere; si contingeret docere qufe didici, et quasi per manus mysteria tradere prophetarutn , nasceretur nobis aliquid quod docta Graecia non haberet. (Épist, xLix, ad Paulinum.)
1 Totum quod legimus in divinis libris nitet quidem et fulget in corlice, sed dulcius in meduUà est. Qui edere vuU nucleum, l'rangat nucem. [Ihid.)