‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 121 sur 186 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

saint Cyprien, le martyr Victorien, Lactance, Arnobe, saint Hilaire, et d'un mot d'une justesse parfaite il lui en indiquait les qualités et les défauts; mais il insistait encore et surtout sur la Bible : « Je ne voudrais pas mêler à mon amitié l'ombre d'une flatterie; mais enfin, vous avez un grand esprit, une riche et facile abondance; avec cela un sens exquis, un jugement sûr : à cette raison, à cette éloquence, si vous ajoutez l'étude, l'intelligence des saintes lettres, vous serez bientôt parmi nous au premier rang. Soyez donc éminent dans l'Église, comme vous l'avez été autrefois au sénat. » Et il appuyait d'un souvenir virgilien ces conseils : « Vous êtes jeune , votre front ne porte pas encore de cheveux blancs ; n'attendez pas que viennent les maladies, et la triste vieillesse, et la fatigue, et les rigueurs de l'impitoyable mort. »

Mais ce que Jérôme admirait plus encore que le talent de Paulin, c'étaient ses sacrifices et ses généreux renoncements au monde. Paulin lui avait fait connaître, en effet, que, conformément aux premiers conseils qu'il en avait reçus , il avait coupé le câble qui retenait sa barque au rivage, et qu'il avait vendu et distribué aux pauvres tous ses biens; bien plus, qu'il était prêtre, et qu'il était venu se fixer avec Therasia auprès du tombeau de saint Félix. Mais quelle vie maintenant Therasia et lui devaient -ils mener? Et quant à lui, plus spécialement, comment concilier en sa personne le moine et le prêtre? Et delà vie solitaire ou de la vie publique, de l'aposto-

lat, que devait -il préférer? Cette question l'occupait. Avec une délicatesse d'ailleurs qu'il ne faut pas oublier de faire remarquer en chaque occasion, car elle est un des traits les plus touchants de la physionomie de ce saint, il avertissait saint Jérôme que nonobstant la sévère loi ecclésiastique à laquelle il était soumis depuis son sacerdoce , et qu'ils avaient du reste, Therasia et lui, librement et unanimement prévenue, dans tout projet de vie qui le concernait, il fallait tenir compte de cette sœur chérie, qu'elle devait y avoir sa part, et qu'il ne s'en séparait pas. De plus, avait- il eu l'esprit traversé par la pensée d'aller aux lieux saints, comme le jeune Lucinius? Ou bien, Mélanie, qui y passait sa vie, instruite de son projet de retraite à Noie, l'avait-elle engagé à venir plutôt à Jérusalem? Ou simplement s'était-il expliqué dans sa lettre sur le bonheur qu'avait Jérôme d'habiter aux lieux consacrés par les souvenirs du Sauveur, en de tels termes que celui-ci crut y voir un secret désir de l'Orient? Le solitaire de Bethléhem répondit avec une netteté parfaite à toutes ces préoccupations. Et d'abord, il inclinait, au début de sa lettre, avec une touchante humilité, sa tête blanchie devant les généreux sacrifices dont Paulin venait de donner le grand exemple : « Les cheveux blancs, disait-il, ne font pas la sagesse, mais la sagesse lient lieu de cheveux blancs. Ne me jugez pas meilleur que vous parce que j'ai commencé avant vous; le premier en mérite, c'est celui qui aura le plus fait. » Puis il le félicitait d'avoir changé son âme avec son

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