‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 122 sur 186 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

habit, de suivre la croix nue, d'être pauvre de cœur et de fait. Alors, pourquoi passer les mers? « On ne mérite pas de louanges pour avoir vécu à Jérusalem, mais pour y avoir bien vécu. Il y en a qui disent : Le temple de Dieu! le temple de Dieu! Mais l'Apôtre leur répond : Le temple de Dieu, c'est vous-mêmes. » D'ailleurs à Jérusalem, ce n'est pas la solitude; c'est le bruit, c'est la foule. « On y vient de tout l'univers; on y rencontre ce qu'on trouve dans toutes les villes, une curie, un palais, une caserne, des théâtres, et le reste. Mais vous, qui avez renoncé avec une si généreuse ardeur au siècle, soyez conséquent avec vousmême : fuyez les villes, et leurs fo\iles, et leurs tumultes; cherchez Jésus-Christ dans la solitude. Vous me demandez avec la confiance d'un frère dans quelle voie vous devez marcher. Je vous le dirai sans détour. Voulez -vous exercer le ministère sacerdotal? Ou bien soit l'honneur, soit le fardeau de l'épiscopat ont-ils pour vous des charmes ? Vivez dans les villes, grandes ou petites, et faites votre salut en sauvant vos frères. Mais si fidèle à votre nom vous voulez être réellement moine, c'est-à-dire solitaire, qu'avezvous affaire dans les cités, où l'on trouve, non pas la solitude, mais la foule? Chaque genre de vie a ses modèles. Les généraux ont les Camille, les Fabricius, les Regulus, les Scipions; les philosophes ont Pylhagore, Socrate, Platon, Aristote; les poètes, Homère, Virgile, Ménandre, Térence; les historiens, Thucydide et Salluste, Hérodote et Tite-Live; les oraleurs, Lysias et les Gracques, Démosthènes et Gicéron ; et

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pour parler de nous-mêmes, les évêques et les prêtres ont l'exemple des Apôtres et des hommes apostoliques; héritiers de leur mission, ils doivent l'être de leurs vertus. Nous, moines, nous avons pour modèles les Paul, les Antoine, les Hilarion, les Macaire; et pour emprunter nos exemples aux saints livres, Élie, Elisée, et les fils des prophètes qui habitaient dans des déserts et se dressaient des tentes sur les bords du Jourdain. »

Saint Jérôme entrait ensuite dans des détails précis sur les austérités inséparables de la vie monastique : « Puisque vous avez ce lien d'une sainte sœur, évitez les assemblées, les affaires, les visites, les festins, toutes ces chaînes qui nous rattachent aux joies du monde. Et contentez -vous d'un peu de nourriture très simple vers le soir : des herbes et des légumes ; quelquefois, et que ce soient vos grands régals, des petits poissons. » Saint Jérôme insistait aussi sur la simplicité des habits; mais, ajoutait- il, « ne cachez pas un cœur orgueilleux sous un vêtement humble.» Et en ce qui concernait spécialement Therasia : « Que surtout votre sœur évite les entretiens des matrones, de peur qu'au milieu de ces femmes parées de soie et de pierreries, elle ne s'attriste ou ne s'enorgueillisse de sa modeste parure monastique; ce qui serait contraire à la pénitence ou à l'humilité. Ayez la simplicité de la colombe, et ne tendez de piège à personne, et aussi la prudence du serpent, pour échapper à ceux qu'on voudrait vous tendre. » Nous avons vu, par le tableau tracé, au commencement de ce cha-

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