CHAPITRE DIXIÈME
pitre, du genre de vie que Paulin avait institué à Noie, qu'il suivit à la lettre les conseils de Jérôme. Celte admirable lettre se terminait par une parole véritablement toute d'or, et que chaque chrétien, même dans le monde, devrait prendre pour devise : « Je ne puis me résigner à rien voir en vous de médiocre : je voudrais que tout y fût exquis et parfait '. » Et il saluait, en finissant, à la fois Paulin etTherasia, qu'il appelait « votre sainte compagne dans le service du Seigneur -. »
Le panégyrique de Théodose achevé, Paulin médita un autre travail, dans un but probablement analogue , dans une pensée polémique contre le vieux paganisme qui venait de relever si audacieusement la tête, et de donner à la dernière guerre de Théodose contre Eugène le caractère de lutte religieuse que nous avons dit. Paulin avait pu voir à Rome, car il s'y trouvait alors, au retour de l'ambassade que le sénat, selon sa coutume après chaque révolution politique, avait envoyée à ses nouveaux maîtres, Arbogast et Eugène, se relever la statue de la Victoire, se rouvrir les temples, recommencer les sacrifices. Il était opportun de souffler sur la flamme non encore éteinte des vieilles superstitions. La date du poème nous paraît fixée d'une manière certaine par une lettre de saint Augustin à Paulin, dont nous aurons
1 Nihil in te médiocre esse conlenlus sum : lotum summum , totum perfectum desidero. (Epist. xlix, ad Paulinum.)
- Sanclam conservam luam, et tecum in Domino militanlem. [Ibid.]
à parler bientôt, et par un texte de la Chronique de Prosper. Dans cette lettre, saint Augustin fait allusion à ce poème, dont il avait entendu parler par des frères revenus d'Italie et qui avaient visité Paulin à Noie. On lui avait dit Paulin occupé à écrire contre le paganisme; Augustin, que les questions d'apologétique préoccupaient beaucoup aussi, crut qu'il s'agissait d'une réfutation du paganisme, philosophique et approfondie, comme il l'aurait conçue lui-même, et il ressentit un vif désir de la posséder. Il la demanda donc à Paulin \
Mais saint Augustin se trompait un peu sur le caractère de cet écrit : c'est moins une discussion qu'une exposition du paganisme, une réfutation par l'absurde de ce culte plein d'absurdités. On y sent aussi, dans le récent converti, dans le nouveau soli-
1 Adversum paganos te scribere didici ex fratribus... Mille ul legamus; nam luum peclus taie Domini oraculum est ut ex eo nobis tam placita et adversus loquacissimas quaestiones dari responsa praesumamus. (Epist. xxxiv, ad Paulinum.) Celte lettre est des premiers jours de son épiscopal; or, on sait, par un texte de Prosper, qu'il fut ordonné évêque sous le consulat d'QJybrius et de Probinus, c'est-à-dire l'an 395, et dans les derniers jours de cette année; il est donc démontré que Paulin a composé le poème qui nous occupe, le seul ouvrage contre les païens que l'on connaisse de lui, dès les premiers temps de son arrivée à Noie. Comment d'ailleurs ne pas lui attribuer un poème oii saint Félix est nommé *? Muratori l'ayant trouvé sous son nom, à la suite des trois Nalalia découverts par lui, dans le manuscrit de Florence, n'hésita donc pas à le croire de Paulin, et, pour les raisons que nous venons d'exposer, de l'époque que nous avons dite. {Ad S, Paulini Poema ullimum prxfatio.)
* Vers 164.