‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 124 sur 186 · CHAPITRE DIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DIXIÈME

taire, la joie de la vérité reconquise, et le repos heureux de l'âme dans la foi. Le poème débute par ces vers, que nous citerons encore, quoique nous ayons déjà eu occasion de les citer :

« J'ai discuté, je l'avoue, Antoine, toutes les sectes ; j'ai fait bien des recherches, j'ai parcouru tous les systèmes : et je n'ai rien trouvé de meilleur que de croire en Jésus-Christ ^ »

Le poète a donc le droit, après les déceptions que la philosophie lui a causées, de dire aux philosophes :

« Votre raison, vous voulez que j'y croie encore, quand j'ai expérimenté combien elle est vaine ? Vous cherchez toujours, et vous ne trouvez jamais ^ Vous, qui êtes -vous? Les cyniques : vous méritez bien votre nom. Et vous, sectateurs de Platon? Mais sa doctrine, c'est l'incertitude. Voilà son fameux livre sur l'âme : l'âme y est nommée, mais c'est tout; car au fond, qu'y a-t-il là? » C'est au Phédon que Paulin fait allusion ici en ces termes sévères, et on ne peut méconnaître , en effet , que cette belle , grande et sereine discussion, le dernier effort, certainement, de la'sagesse antique pour pénétrer le mystère de la vie future, ne soit plutôt un sublime pressentiment qu'une réelle démonstration. Si aujourd'hui , ayant mieux pénétré et simplifié les principes, nous établissons

1 Discussi, fateor, sectas, Anlonius, omnes, Plurima quœsivi, per singula quseque cucurri : Et nihil inveni melius quam credere Chrislo.

{Poema uUimum.)

2 Tractantes semper, nec definire valentes.

avec plus de rigueur ce dogme fondamental, c'est à la raison chrétienne que nous devons ce progrès.

Des philosophes rationalistes qui faisaient sans doute, en l'absence du Christ, ce qu'ils pouvaient, mais qui , depuis le Christ , ne peuvent plus rester des maîtres, Paulin passe au culte païen, non pas tel que les esprits raffinés du paganisme essayaient, sans y réussir, de l'interpréter, mais tel qu'il était, en fait, dans la croyance et la pratique des peuples « Le païen sculpte une pierre, et l'adore; il tremble devant les dieux qu'il a fabriqués. Et il leur immole des bêtes , et dans les entrailles palpitantes de ces animaux, il cherche à lire la pensée divine ! L'homme, ouvrage du Tout-Puissant, ose fabriquer la Divinité'!» Le culte païen ainsi raillé dans sa donnée et son erreur fondamentale, Paulin attaque les croyances d'où dérive ce culte, les fables mythologiques : cette partie du poème est précieuse par les détails piquants qui s'y trouvent. Il a plu, en notre temps, à des esprits sceptiques et érudits de se plaindre de la polémique des Pères contre le paganisme , et de la déclarer « lourde et de mauvaise foi^ ». Grâce à Dieu, nos apologistes n'étaient pas comme eux des artistes , sans croyances , préoccupés uniquement et froidement de curieuse érudition, et voulant « tout excuser », sous prétexte de « tout comprendre ». Les absurdes ou immondes réalités étaient là, courbant en-

1 Cum Deus omnipotens homines formaverit olim ,

Audet homo formare Deum ! {Poema ultimum.)

'- M. Renan, Éludes d'hisloire religieuse.

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