CHAPITRE ONZIÈME
saillirent de joie aux récits qui leur venaient de la Campanie ; aussi , à l'occasion de la maladie dont nous avons vu Paulin atteint si peu de temps après son arrivée à Noie, en même temps que les évêques campaniens ceux de l'Afrique s'empressèrent de lui faire porter leurs sympathies. Mais nul enthousiasme n'égala celui de saint Alype, évêque de Thagaste, et de saint Augustin, prêtre d'Hippone; nul, en effet, ne pouvait mieux apprécier que ces deux hommes, récemment convertis eux-mêmes, ce que valait la nouvelle recrue faite par l'Église.
Alype, comme nous l'avons dit, n'était pas personnellement connu de Paulin; mais il l'avait aperçu à Milan en 387, dans tout son éclat mondain, et ne laissant guère soupçonner encore qu'il fût si près de quitter le siècle; il avait vu la considération qui l'entourait, il pressentait ce que l'illustre pénitent apportait à l'Église. Il y avait d'ailleurs entre la conversion d'Augustin et la sienne et celle de Paulin, entre leur genre de vie et le sien, des analogies qui devaient appeler sur le solitaire de Noie leur plus vif et plus tendre intérêt.
Nous ne redirons pas ici, les détails en sont trop présents à toutes les mémoires, la conversion de saint Augustin; mais peut-être se souvient-on moins d'Alype, dont les Confessions pourtant ont fait un si attrayant portrait. Suave figure, dirions-nous volontiers, que la grande gloire de son ami, derrière lequel il se plaît à s'effacer, a trop fait pâlir, mais qu'on ne peut regarder de près sans se sentir incliné à l'aimer.
Il a moins de génie qu'Augustin, sans doute, mais son cœur n'est pas indigne du grand cœur d'Augustin. C'est l'homme, peul-être, que le fils de Monique, toujours, a le plus chéri; il l'appelait « le frère de son cœur ». On ne les rencontre presque jamais l'un sans l'autre : leui's destinées se ressemblent incroyablement. Alype avait partagé les erreurs d'Augustin, mais non ses désordres: sa jeunesse avait été pure; sauf un goût malheureux pour les plaisirs de l'amphithéâtre, dont Augustin le guérit, on ne voit pas de tache dans sa vie. Après avoir suivi Augustin de Garthage à Rome et de Rome à Milan , et avoir été témoin, dans ce jardin, de la lutte suprême où Dieu triompha enfin de cet esprit et de ce cœur rebelles , il avait été illuminé en même temps, du même coup, au même lieu ; et après avoir reçu avec lui le baptême des mains d'Ambroise, partagé sa solitude de Gassiacum, il l'accompagna en Afrique et le suivit dans cette retraite où Augustin, pendant les trois années qui précédèrent son sacerdoce, se renferma aux portes de Thagaste, avec quelques amis, pour y inaugurer, libre de tous soins terrestres, cette vie de prière, de pauvreté et de travail d'esprit, cette vie vraiment philosophique autant que chrétienne, qu'il rêvait depuis si longtemps. Ge qu'on sait moins, c'est qu'Alype fut évêque, comme saint Augustin, et même avant lui, grand et saint évêque ; et que s'il ne combattit pas, comme Augustin, par de savants écrits toutes les erreurs de son temps, il seconda puissamment de son action et de son influence l'évêque d'Mip-