‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 128 sur 186 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

pone dans toutes ses luttes; gardien jaloux, du reste, de la gloire de son ami, dont il propageait avec ardeur les ouvrages. Que d'harmonies, malgré de grandes diversités, entre le passé, le présent, et peut-être l'avenir de ces deux hommes, et le passé, le présent et l'avenirde Paulin! Gomme eux Paulin, pour entrer dans l'Église, avait dû rompre avec le^ monde, et les lettres, et la gloire; et cette vie de retraite qu'ils avaient embrassée à leur retour d'Italie, qu'ils continuèrent encore après leur épiscopat , et dont ils furent en Afrique les infatigable zélateurs, c'était précisément celle que l'ancien sénateur et l'ancien consul venait de se choisir près du tombeau de saint Félix. De plus, il était prêtre comme Augustin, il serait peut-être un jour évêque comme tous les deux. Enfin Augustin commençait à jeter dans l'Église ces admirables écrits qui devaient y répandre tant de lumière; et c'est ce que Paulin, écrivain aussi, et de plus poète, commençait à faire dans sa retraite de Noie. Alype avait lu avec admiration une de ses hymnes; c'est ainsi qu'il appelle, probablement, un des poèmes dont nous avons parlé *. Toutes ces raisons faisaient vivement désirer à l'évêque de Thagaste de se mettre en rapport, lui et Augustin, avec Paulin. Déjà, peu de temps auparavant, en 392, il n'avait pas craint d'aller jusqu'aux lieux saints pour y voir cette merveille dont, depuis six ans, le monde s'entretenait avec admiration, Jérôme à Bethléhem;

1 Rogo scribas mihi quem hymniim meum cognoveris. (Episl. m, ad Abjpium.)

et c'était lui qui avait fait connaître Auguslin à Je- . rôme, et donné lieu ainsi à l'amitié célèbre de ces deux grands docteurs chrétiens. C'était au retour de ce voyage d'Orient qu'il avait été consacré évêqiie. L'occasion qu'il cherchait d'entrer en relation avec Paulin s'étant présentée, il se hâta de la- saisir. Le retour de Julianus l'offrait tout naturellement. Julianus revint donc, rapportant à Paulin une lettre du vénérable évêque de Garthage, Aurelius, et une de l'évêque de Thagaste. Alype avait de plus joint à sa lettre un présent qu'il supposait devoir être agréable à Paulin : c'étaient cinq livres d'Augustin contre les manichéens, et parmi eux le magnifique ouvrage de la Religion^. En retour, et traitant déjà Paulin sur le pied d'un ami, il lui demandait un ouvrage que Jérôme venait de traduire du grec en latin , la Chronique, ou histoire ecclésiastique d'Eusèbe de Césarée; il supposait ou que Paulin le possédait, ou qu'il lui serait facile de se le procurer à Rome.

Cette initiative d'un évêque envers un simple prêtre, et les termes profondément affectueux de la lettre, touchèrent au vif Paulin; il se hâta de répon-

^ Accepimus insigne opus sancti viri patris nostri Augustini libris quinque confectum. (Epist. m, ad Alypium.) — Te per tua opéra in manichœos cognovimus. (Epist. vi , ad Augustinum.)

— In libro de religione, quem tua sanctitas, quantum litteris indicas, libentissime legil. {August. ad Paulinum, Epist. xxvii.)

— « Ces cinq livres étaient probablement les deux livres sur la Genèse, contre les manichéens, le livre des Mœurs de l'Église, le ivre des Mœurs des manichéens, et le livre de la vraie Religion. I) (Le docteur Busé, p. 230.)

Page 1