CHAPITRE ONZIÈME
dre à Alype. Sa lettre porte cette touchante inscription : « A notre honoré seigneur et bienheureux père Alype, Paulin et Therasia, pécheurs. La lettre que Julianus nous a apportée de vous à son retour de Carthage témoigne d'une affection qui n'est pas ordinaire; voilà qu'avant même que nous nous soyons vus et connus, vous m'aimez; et commenj, en pourrais-je douter, après que vous m'avez prévenu par des démonstrations et des gages qui ne permettent plus rien de commun et de médiocre dans l'affection qui doit désormais nous unir. » Il lui annonçait ensuite la Chronique d'Eusèbe, qu'il avait demandée pour lui à Domnio, ce saint prêtre de Rome, son parent, à qui Jérôme l'avait dédiée, priant Alype de la lui renvoyer après en avoir fait prendre copie, pour que Domnio ne perdît pas son exemplaire. Mais en retour il exigeait de lui, dans un but d'édification, une chose à laquelle il mettait un grand prix, c'était qu'il voulût bien lui faire connaître sa propre histoire: par quelles phases il avait passé, comment il avait été amené à quitter le monde, comment il était devenu évêque; et comme Alype lui avait dit qu'il avait entendu parler de lui à Milan, Paulin voulait savoir s'il avait été ou attiré à la foi, ou ordonné prêtre par Ambroise, ce qui eût été entre eux une conformité de plus; car alors, disait-il, nous lui appartiendrions tous deux également. Et il lui racontait que, quoiqu'il eût été baptisé à Bordeaux par l'évêque Delphinus, et ensuite ordonné prêtre à Barcelone par l'évoque Lampadius, bien malgré lui , et sous le coup de
l'impérieuse volonté du peuple, néanmoins c'était Ambroise qui l'avait toujours nourri dans la foi, cl qui avait voulu, sans l'obliger de rester à Milan, qu'il appartînt au clergé de cette Église. Et il ajoutait, avec un accent de sincère et profonde humilité : « Pour que vous n'ignoriez rien de ce qui me regarde , sachez qu'il n'y a pas longtemps que ce vieux pécheur qui vous parle a été retiré des ténèbres et des ombres de la mort, et qu'il respire à la lumière ; qu'il n'y a pas longtemps qu'il a mis la main à la charrue, et commencé à porter la croix : obtenez-lui par vos prières la grâce de la porter jusqu'à la fin '. »
Ce dont Paulin témoignait aussi une vive reconnaissance, c'était du présent dont Alype avait accompagné sa lettre. La gloire d'Augustin, quoique à peine à son aurore, ne pouvait pas être ignorée de Paulin, mais il n'avait encore rien lu de lui. L'admiration dans laquelle ces ouvrages le jetèrent fut telle, qu'il ne craignit pas de dire à Alype : « Ces livres sont si beaux, qu'il me semble que c'est Dieu même qui en a dicté les paroles. »
Avant de passer outre, nous ne voulons pas oublier de noter, parce que c'est là un trait des mœurs chrétiennes de ces temps, que cette lettre était accompagnée d'un de ces pains que les chrétiens, après
1 Nous avons déjà eu occasion de dire que ce texte ne doit pas s'entendre du baptême de Paulin, comme l'a cru Sacchiiii, mais de sa profession de la vie monastique, comme l'a prouvé le P. Chifflet.