‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 130 sur 186 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

les avoir bénits ou fait bénir, s'envoyaient en signe de communion, et qu'on appelait eulogies K

Les ouvrages qui excitaient à un si haut point l'admiration de Paulin n'étaient cependant que les essais, pour ainsi dire, du génie de saint Augustin, des préliminaires à ses grandes œuvres doctririales. 11 ne faisait guère que poser les fondements de la foi ; dans la suite il s'élèvera plus haut dans la métaphysique chrétienne, il entrera plus avant dans les entrailles des dogmes révélés; ici, écrivant une apologétique, il est philosophe autant que théologien; Paulin, qui n'était lui-même encore qu'au seuil de la science sacrée, pouvait d'autant mieux le suivre. Les livres d'Augustin ne sortaient pas de ses mains; il les lisait et les relisait avec une admiration croissante; il y trouvait tous les charmes de l'art profane avec toute la sève d'une doctrine divine; aussi ne put -il s'empêcher de lui écrire en même temps qu'à Alype. On remarquera qu'il ne lui donne pas dans cette lettre, comme à Alype, le nom de père, parce qu'il n'est pas encore évêque; il l'appelle simplement son frère :

« A notre très cher et très vénéré frère Augustin ; » la lettre est encore au nom de « Paulin et Therasia, pécheurs. La charité de Jésus-Christ qui nous presse, et qui, tout éloignés que nous sommes, nous rapproche par l'unité de la foi, me fait prendre la liberté de vous adresser cette lettre, comme aussi elle

' Epist. m.

VOUS a déjà mis bien avant dans mon cœur par les cinq livres de vous que la gracieuseté du vénérable évêque Alype m'a procurés ; livres tout ruisselants des beautés de l'école, et tout pénétrés aussi des suavités célestes. Je les lis, j'en fais mes délices, j'y trouve ma, nourriture, non celle qui périt, mais celle qui demeure et qui soutient pour la vie éternelle. 0 véritable sel de la terre, qui préservez nos cœurs de la corruption du siècle! ô lampe si dignement placée sur le chandelier de l'Église pour dissiper les ténèbres dont l'erreur essaye de couvrir la vérité! Votre bouche est pour moi comme une fontaine où je m'abreuve; Jésus-Christ est devenu vraiment en vous cette source d'eau vive qui jaillit jusqu'à l'éternelle vie. » Qu'on ne soit pas surpris de ces enthousiasmes de Paulin; toute l'Église les partageait, a Les ouvrages d'Augustin , qui se succédaient et se répandaient avec rapidité, dit son historien Possidius, jetaient les chrétiens dans des transports d'admiration et de joie; les hérétiques et les catholiques rivalisaient d'ardeur pour Tes lire ^ . »

Devant ce génie d'Augustin, « quoiqu'il soit peutêtre, dit Paulin, le plus jeune, » il pouvait l'être d'une année, comme aussi devant sa vertu, Paulin s'incline avec une profonde et touchante humilité; il se confesse pécheur autant qu'ignorant, et il demande à Augustin de lui tendre la main et de le guider dans la route :

« Malgré le grand honneur dont je suis revêtu, ne

1 Possidius, Vila Augustini, cap. viii.

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