‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 131 sur 186 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

voyez en moi qu'un pécheur invétéré, encore bien novice dans la milice du Seigneur. Jusqu'à présent je me suis laissé éblouir par la sagesse de ce monde, et, ayant consumé mon temps à une inutile littérature et à une science réprouvée, je me trouve muet et insensé dans les choses de Dieu'. Mais, après avoir vieilli ainsi au milieu de mes ennemis et m'être évanoui dans mes pensées, j'ai levé les yeux vers les montagnes, d'où m'est venu le secours de Dieu, je veux dire vers sa loi sainte et sa grâce céleste , et il ne m'a pas traité selon mes iniquités ; il a illuminé cet aveugle; il a délivré ce captif chargé de liens; il a humilié mon coupable orgueil , pour me relever par de salutaires abaissements. Je m'efforce donc de suivre, hélas! de bien loin, les grands pas des saints. Tendez la main à cet enfant qui se traîne; apprenezlui à marcher sur vos traces. Considérez moins , je vous prie, les années de ma naissance corporelle que de ma renaissance spirituelle. Selon la chair, j'ai l'âge de ce malade guéri par la parole des apôtres à la porte du temple appelée Belle; quant à l'âme, j'en suis encore à l'âge de ces enfants qui, tombés sous des coups dirigés contre Jésus-Christ, ont été les précurseurs de sa passion ^ C'est pourquoi cet enfant qui

1 Sum enim laboriosus, etiam nunc sub magno honore peccalor; veteranus in numéro peccalorum, sed aeterno régi novus incorporese tyro militiœ. Sapientiam mundi miser hucusque miralussum, et par inutiles litteras reprobatamque sapientiam Dec stultus et mutus fui. (Epist. iv, ad Augi^stinum.)

2 C'est ce texte qui nous a servi à préciser la date de la naissance de Paulin.

252 niSTuiuE de saim i'aulln de nole

ne sait pasencore'parler la parole de Dieu et qui ne se nourrit toujours que de lait spirituel, abreuvez-le de vos enseignements, car il a soif de vos paroles; il brûle de presser de ses lèvres ces mamelles d'où découle le lait de votre foi, de votre sagesse, de votre charité. Si vous considérez notre commune dignité , nous sommes frères; mais par la maturité de votre esprit et de votre doctrine, vous êtes mon père, quoique peut-être vous soyez plus jeune que moi. Fortifiezmoi donc dans les saintes lettres, puisque j'y suis, comme je disais , si novice. Après tant de dangers et de naufrages , et à grand'peine sauvé des flots , je vous le demande, vous qui êtes sur le rivage, recueil'lez-moi dans vos bras, afin que, si je n'en suis pas indigne , nous puissions arriver ensemble au port. J'essaye de sortir du gouffre de mes péchés; que vos prières soient pour moi la planche du salut. »

Et, dans le même sentiment d'humilité, Paulin s'efforçait de rabaisser devant Augustin le mérite de ces renoncements qui faisaient l'admiration de l'Église :

« J'ai donc essayé de déposer mon fardeau, afin que, libre selon le conseil du Christ, et par sa grâce, de tous les empêchements du monde et des soucis du lendemain, je puisse plus aisément passer à la nage cette mer orageuse de la vie présente qui met entre Dieu et nous la clameur de nos péchés ^ Je suis loin

1 Idcirco enim levare nie sarcinis, et vestimeulibus onerantibus exuere curavi, ut undosum hoc, quod inter nos et Deum l>eccatis interlatrantibus séparât, praesentis vilee salum, omni

Page 1