‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 133 sur 186 · CHAPITRE ONZIÈME ^SS · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME ^SS

de ce qu'il a opéré en vous par sa grâce. Comme on y sent votre soif ardente, vos désirs, la défaillance de votre âme à la pensée des parvis du Seigneur! Comme on y respire un saint amour! Quels trésors de droiture et de sincérité on y découvre! Que faut-il y admirer le plus, la douceur ou l'ardeur, l'onction ou la lumière? Et ce charme, et cette flamme, et cette rosée, et cette suavité , d'où lui vient tout cela ^ ? »

Augustin était charmé surtout de la manière élevée et chrétienne dont Paulin comprenait l'amitié; et assurément, lui disait-il en Rempruntant délicatement ses propres termes, « les distances n'y font rien : membres d'un même corps, nous avons le même chef, nous mangeons le même pain, nous marchons dans la même voie, nous participons aux mêmes grâces, nous habitons la même demeure. »

Mais ce qu'Augustin exaltait dans Paulin encore plus que le talent, c'était, disait-il, « ce courage qui arrive à la gloire par le mépris de la gloire, qui en foulant aux pieds le monde en fait la conquête, qui écrase généreusement contre la pierre, c'est-à-dire le Christ, les enfants de Babylone, tout ce qui tient à la confusion et à l'orgueil du siècle. » Therasia surtout lui paraissait admirable: « Voilà, s'écriait-il, faisant allusion à la création de la femme tirée par Dieu

1 Quomodo nobis anhelant sitim tuam, et desideriuiu defectumque animse tuée in atria Domini? Blandiores sunt, an ardenliores? Luminosiores, an fecundiores? Quid est quod ita nos mulcent, ita accendunt, ita compluunt, et ita serenœ sunt. (Epist. XXVII, ad Paulinum.)

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d'une des c&tes d'Adam, une épouse qui n'entraîne pas à une vie molle son époux, mais qui, rentrant en lui, pour ainsi dire, le ramène à sa force originelle, unie maintenant avec lui par des liens d'autant plus forts qu'ils sont plus purs^ »

« Que vous donnerai -je en retour de votre précieuse amitié, ajoutait-il, sinon moi-même tout entier, en Celui à qui vous appartenez tout entier vousmême? C'est peu, je le sais bien, mais c'est tout ce que je puis. »

Paulin lui avait demandé ses ouvrages : « Le porteur de cette lettre pourra vous les donner, disait Augustin, car il les possède tous. Mais, poursuit-il, car cette condescendance dé son amitié effraye son humilité, quand vous les lirez, mon cher et saint Paulin, ne vous laissez pas tellement aller à ce que la vérité y peut dire par ma bouche que vous n'aperceviez point ce qui vient de mon fond misérable. Dans ce que vous trouverez de pauvre en mes écrits, c'est moi qu'il faut voir ; dans ce que vous pourrez y goûter par ce don du Saint-Esprit qui est en vous, celui qu'il en faudra louer et aimer, c'est celui en qui est la source de la vie, et dans la lumière duquel nous verrons un jour la lumière, sans voile, face à face : nous ne le voyons ici-bas qu'à travers des

1 VideLur a logentibus ibi conjux non dux ad moUiliem viro siio, sed ad forliludinem redux in ossa viri sui; quam in luam unilalem redaclam et reddilani, et spiritualibus libi , lanto firmioribus quanto caslioribus, nexibus copulalam, in le uno resalutamus. (Epist. xxvii, ad Paulinum.)

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