CHAPITRE ONZIÈME
ombres. Et priez Dieu que tels soient toujours et mes sentiments et mon langage, et que, sans jamais chercher ma propre gloire, je rende toujours gloire à Dieu. » Et, allant plus loin encore dans son humilité, il conjurait Paulin de corriger avec sévérité ce qu'il trouverait de défectueux dans ses écrits.
Quant au désir que Paulin, dans un sentiment sur lequel Augustin ne se méprend pas, avait exprimé à Alype, de connaître l'histoire de sa vie et de sa conversion, il avait vivement alarmé cet homme, le plus modeste des hommes; ne voulant toutefois ni refuser à Paulin l'édification qu'il cherchait, ni parler luimême de lui-même, il avait prié Augustin de satisfaire sur ce point leur commun ami dans la mesure qu'il jugerait convenable. Augustin promet donc à Paulin ces détails, qu'il aurait même donnés dans cette lettre, si le porteur n'eût pas été si pressé de partir. A-t-il écrit, en effet, l'histoire d' Alype? On l'ignore; mais il nous a donné, dans ses immortelles Confessions, la sienne, à laquelle ce tendre ami est mêlé de si près , et ce n'est pas certes un médiocre service que Paulin a rendu à l'Église, si, comme on le croit, c'est le désir manifesté par lui à Alype qui a donné à saint Augustin la première inspiration de ce bel ouvrage ^ ■
Le porteur de cette lettre, par une délicatesse de plus d'Augustin, n'était rien moins que Romanien, un homme considérable, proche parent d'Alype et non moins cher qu'Alype à Augustin : aussi le recom-
1 Baronius, anno 395, n. 37.
mandait-il à Paulin avec les instances les plus pressantes. On n'en sera pas étonné quand nous aurons dit qui il était.
Romanien avait été dans la vie d'Augustin un des bienfaits de la Providence. De Thagaste, comme lui, un des premiers de la cité, puissamment riche, et, ce qui valait mieux, doué d'une belle intelligence et d'un cœur noble, délicat et généreux, il avait deviné le génie d'Augustin, et à Thagaste, à Madaure, à Garthage surtout quand, tout à coup devenue veuve, sainte Monique se vit dans l'impossibilité de faire continuer ses études à son fils, Romanien était venu libéralement à son aide; et plus tard, à Milan, lorsque Augustin, converti, songeait à quitter l'enseignement et à se retirer à la campagne, pour se préparer en paix au baptême, mais hésitait faute des ressources suffisantes, Romanien était venu encore mettre sa bourse à la disposition de son ami pour lui procurer la liberté et le repos dont il avait besoin. Il est vrai, saint Augustin lui a payé largement la dette de la reconnaissance : « 0 Romanien, comment pourraisje ne pas vous bénir? N'est-ce pas vous qui au moment où je m'en allais, jeune et pauvre, continuer mes éludes dans une ville éloignée, m'avez offert votre maison, votre argent, et, qui plus est, votre cœur? Et quand j'eus la douleur de perdre mon père, n'est-ce pas vous qui m'avez consolé par votre amitié, soutenu par vos conseils, aidé par votre fortune*? » Et encore : « Vous, ô mon noble ami, qui
■i Conlra Academicos, lib. II, c. ii.