‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 135 sur 186 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

déjà aviez protégé le berceau et comme le nid de mes premières études, et qui plus tard soutîntes l'audace de mon premier vol, si, dans le repos que je goûte maintenant (Augustin parle de sa retraite à Cassiacum), je me réjouis de me voir déchargé de tant de soins inutiles; si je respire, si je m'appartiens, si je puis m'appliquer tout entier à la contemplation delà vérité, c'est à vous que je le dois ^ »

Malheureusement, Augustin avait entraîné autrefois Romanien avec lui dans les erreurs manichéennes, et c'est pourquoi, depuis qu'il avait eu le bonheur de revenir à la vérité, il n'épargnait aucun effort pour y ramener aussi son ami. C'était à lui qu'il avait dédié le premier livre composé avant son baptême, le Traité contre les Académiciens, et c'était à lui encore qu'il avait adressé ce livre de la vraie Religion qui avait fait une si profonde impression sur Paulin. « Ceci, lui disait-il, le plus ancien et le meilleur de mes amis; c'est de plus un parent d'Alype; et enfin, ajoutait-il par une confidence discrète, s'il veut bien s'ouvrir à vous, j'espère que vous pourrez commencer et peut-être achever sa guérison. »

Augustin ne mettait pas moins de zèle à convertir de même le fils de cet ami, Licentius, son élève préféré, que son père lui avait confié à Carthage, et qui, enthousiaste de son maître, l'avait suivi de Carthage à Rome et de Rome à Milan. Il était un de ceux

1 Contra academicos , lib. II, c. ii.

qu'Augustin avait emmenés dans sa retraite de Cassiacum, et il avait pris part à ces célèbres conférences philosophiques d'où sortirent les premiers écrits du futur docteur chrétien ; son nom revient souvent dans les livres contre les Académiciens, de la Vie bienheureuse , et de l'Ordre ou de la Providence. Nature ardente et brillante, passionné pour les lettres et pour la poésie, « l'Hélicon tout entier, disait saint Augustin, n'aurait pas suffi à sa soif*; » il quittait la table pour faire des vers, il chantait avec une expression extraordinaire les chœurs de Sophocle, il pleurait en lisant Virgile, à ce moment-là même il s'essayait à célébrer les aventures de Pyrame et de Thisbé. Augustin, en maître consommé, cédait en partie au goût de son jeune disciple, et on lisait un chant de V Enéide avant de philosopher; quelquefois, par une douce raillerie, il faisait entendre à Licentius que ces amusements n'étaient pas ce qu'il y avait de plus sérieux, et que ces mythes élevaient entre la vérité et lui un mur plus épais, ajoutait-il finement, que celui qui séparait les deux fabuleux amants, puisque celui-là avait au moins une fente par où ils pouvaient se parler; surtout pour lui inspirer, ainsi qu'aux autres jeunes amis qui l'écoulaient, le noble goût de la vérité , il relisait avec eux VHorlensius de Gicéron, ce livre qui avait fait jaillir dans sa propre âme l'étincelle du beau feu qu'il essayait d'allumer chez ces jeunes gens; et il avait

"i Gui miiiquam siliunli llelicon siibvenisset , excogilaiidis vcrsibus inliianlem. [Dr lieligioni', lib. 111, c. m.]

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