‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 139 sur 186 · CHAPITRE ONZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE ONZIÈME

place, plus éclatant que toute lumière, plus intime que toute intimité, plus grand que toute grandeur. Et mon cœur heureux était libre des soucis que donnent l'ambition, l'amour des richesses et la recherche des plaisirs coupables, et je bégayais déjà sous vos yeux, ô ma lumière, ô mon trésor, ô mon salut*. » Ainsi Augustin essayait- il de faire impression sur cette âme enivrée, mais noble et accessible aux grandes pensées. Puis il lui proposait l'exemple de Paulin lui-même : « Allez en Gampanie, vous y verrez le saint et illustre serviteur de Dieu, Paulin, et vous apprendrez de combien de faste et de grandeur mondaine il s'est déchargé, pour courber la tête sous le joug du Christ avec une humilité d'autant plus courageuse qu'elle a été plus profonde. Et maintenant, il est heureux sous la conduite du Maître divin auquel il s'est abandonné. Vous verrez quelle belle intelligence il y a dans cet homme, qui ne s'en sert plus que pour rendre gloire à Celui qui la lui a donnée, de peur de tout perdre s'il manquait de tout rapporter à Celui de qui il tient tout. » Et se laissant aller ensuite aux élans de son âme : « Pourquoi, disait Augustin, ces inquiétudes et ces agitations intérieures qui vous déchirent? Pourquoi prêtez-vous plutôt l'oreille au décevant murmure des vanités qui vous perdent qu'à la voix amie qui voudrait vous sauver? Tout cela vous trompe, mon cher Licentius, tout cela meurt et précipite dans la mort :

1 Confess., lib. VIII.

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la vérité seule ne trompe point, et le Christ seul est la vérités »

On ne se lasse pas de citer d'aussi belles paroles. A cette lettre Augustin joignait la dernière poésie de Licentius, afin de faire mieux connaître à Paulin celui qu'il lui recommandait avec tant de sollicitude, et ce qu'il déplorait, ce qu'il craignait, ce qu'il souhaitait à son endroit. « Il est jeune encore, disait -il en terminant; il en croira peut-être ceux qui ont fait pour leur malheur la périlleuse expérience qu'il veut tenter -. ))

Il n'en fallait pas tant pour éveiller le zèle de Paulin. La jeunesse de Licentius, ses aimables et brillantes qualités, ses illusions, ce vase d'or, comme disait saint Augustin, avec lequel jouait le démon, et qui aurait pu être une offrande si belle au Christ, cette affection paternelle enfin d'Augustin pour lui, émurent Paulin; il se sentit pris, lui aussi, d'une vive tendresse pour le jeune fils de Romanien, et il entreprit d'unir ses efforts à ceux d'Augustin pour le sauver. Romanien, après s'être arrêté à Noie, y avoir remis à Paulin les lettres dont Augustin l'avait chargé, et avoir pu profiter pour lui-même des précieux moments passés avec le gardien du tombeau de saint Félix, était allé retrouver son fils à Rome. Quand il quitta Noie, les deux frères que Paulin avait envoyés en Afrique, Romanus et Agilis, n'étaient pas encore de retour; ils revinrent enfin, non seulement

1 Epist. XXVI, ad Licentium.

- Epist. XXVII, ad Paulinum.

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