‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 142 sur 186 · ET AMANDUS · texte numérisé non relu

ET AMANDUS

« L'histoire des peuples est une grande chose : leurs révolutions, leurs destinées, leurs batailles, tout cela est beau, vaste et fécond. Mais combien l'histoire des âmes n'est-elle pas plus vaste et plus féconde encore! Et puis, qu'importe après tout à l'homme ses ancêtres et ses descendants? Qu'importe à cet atome l'orbite où il est entraîné? Ce qui lui importe, c'est d'aimer et d'être aimé, et pendant cette si courte vie, de savoir qu'il est l'être cher par- dessus tout à un autre être. Il paraît manifestement, a dit Bossuet avec sa solennelle gravité, que le plaisir de l'homme c'est l'homme. » Ces paroles de M. de Montalembert^ nous paraissent une introduction naturelle au présent chapitre, que nous voudrions pouvoir appeler un hymne à l'amitié. Ce plaisir que l'homme trouve dons

1 Les Moines d'Occident, Introduction.

l'homme, la vie plus intime qu'extérieure que nous écrivons va continuer à nous le donner.

Reportons donc maintenant nos regards vers la Gaule; de non moins doux et édifiants spectacles nous y attendent. Grâce aux débris qui nous restent de la correspondance échangée entre Paulin et ses amis d'Aquitaine, Sulpice Sévère d'une part, Delphinus et Amandus de l'autre, pendant les premières années de son séjour à Noie, nous pourrons entendre ces grands chrétiens d'un autre âge converser dans l'intimité, et voir dans leurs entretiens pour ainsi dire transpirer leurs âmes, et ce que c'est que l'amitié chez les saints. Nous osons dire que les annales de l'amitié chrétienne offrent peu de pages d'un intérêt plus haut et plus sérieux.

L'affection de Paulin pour ces trois amis est égale, mais une nuance s'y fait sentir : pour Sulpice Sévère, il est plus qu'un ami, il est un maître, presque un père; au contraire, Delphinus et Amandus sont ses pères dans la foi; avec eux, il se retrouve fils humble et reconnaissant, un peu plus familier cependant avec Amandus, dont son âge le rapproche davantage, qu'avec le vénérable évêque de Bordeaux. Malheureusement, les lettres de Sulpice Sévère, ainsi que celles de Delphinus et d'Amandus, sont perdues; mais celles de Paulin qui nous restent nous permettent de reconstituer dans ses lignes principales cette correspondance, tant dans les trois années qui font l'objet du présent chapitre, que dans celles qui suivront, jusque vers l'an 406, où elle s'arrête.

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