‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 144 sur 186 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

blâmaient Martin de cette indulgence, comme aussi des saintes singularités de sa vie, trouvaient dans Sulpice Sévère un apologiste déclaré et courageux du grand évêque de Tours ; de là des animosités que l'âme tendre de Sulpice Sévère ressentait douloureusement. Il versait toutes ces peines dans le sein de son ami, et multipliant, dans la vive admiration qu'il éprouvait pour lui, sans craindre assez peut-être de désoler son humilité, des éloges, aussi mérités d'ailleurs que sincères, il s'estimait heureux de pouvoir le rejoindre un jour, et il le suppliait de lui envoyer quelques paroles dont il pût tirer profit pour son âme. L'un des deux messagers. Vigilance, tomba malade en mettant le pied dans la Campanie, ce qui retarda un peu leur arrivée à Noie ; ils trouvèrent Paulin lui-même encore souffrant, mais bien près d'être rétabli. Sa joie, malgré sa déception, fut extrême : ce n'était pas son ami, mais c'étaient de ceux qui vivaient dans son intimité, et qui lui étaient si étroitement unis dans le service du Seigneur, qu'il pouvait les considérer comme quelque chose de luimême. Celte délicate attention de Sévère le toucha vivement, et, non moins délicat et attentif, il ne voulut jamais consentir, malgré leur désir de retourner promptement vers Sévère, à ce qu'ils partissent avant que Vigilance fût entièrement remis de son indisposition; et dans la lettre dont il les chargea à leur départ pour son ami, il donnait à ses sentiments libre carrière'.

1 Epist. V, ad Severum.

Combien lo fidèle amitié de Sévère lui est douce-! Sévère est bien de ceux qui aiment le Christ dans leur ami, et leur ami dans le Christ! il est bien le disciple de Celui qui, ayant aimé les siens qui étaient dans ce monde, les aima jusqu'à la fm! Que le Christ l'en récompense!

Et jusque dans la coïncidence de leurs maladies et de leurs convalescences simultanées, Paulin veut voir une preuve providentielle de l'étroite affection qui les unit; en effet, est-ce par hasard qu'au moment où Sévère était malade en Aquitaine,, Paulin l'était à Xole, et qu'au moment où lui, Paulin, apprenait par les envoyés de Sévère sa convalescence, il se sentait lui-même convalescent? Non, car il ne tombe pas même un passereau sur la terre sans la volonté du Père céleste : c'est la même main qui les a éprouvés et qui les a guéris, pour montrer, jusque dans cette communauté de souffrances corporelles, l'indissoluble union de leurs âmes. Et ces épreuves d'ailleurs, ajoutait Paulin, sont salutaires, car elles matent la chair et la soumettent à l'esprit.

Mais ce qu'il ne peut se résoudre à accepter, ce sont les admirations de Sévère. L'amitié lui fait illusion. Lui, Paulin, qu'a-til donc accompli de si étonnant? Le temps et son précoce passage aux affaires avaient mûri ses pensées; les coups de la fortune l'avaient dégoûté des choses du monde; la délicatesse même de sa santé le prémunissait contre les voluptés; il avait besoin de calme, de sécurité et de soli-

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