‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 145 sur 186 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

lude; il s'est retiré du bruit et des affaires, dans la paix delà vie domestique, et peu à peu, insensiblement, il en est venu au point où il en est. Mais Sévère! (( Ta conversion à Dieu, bien- aimé frère, est bien autre chose; ta jeunesse était plus florissante, ton nom plus glorieux, ton patrimoine moins lourd sans doute, mais considérable encore; tu étais sur le théâtre du siècle, en pleine lumière du forum; tu y tenais la palme de l'éloquence: tout à coup, par un généreux élan, tu as secoué le joug du péché, et brisé les liens mortels de la chair et du sang. Et ni la fortune ajoutée à la tienne par ton entrée dans une famille consulaire, ni la hberté de ce prompt veuvage, n'ont pu l'écarter de la voie étroite du salut, ni te fixer dans le chemin large et facile où marche la foule. Par un abaissement sublime, tu es venu te mettre aux pieds du Crucifié. Heureux es-tu , ô mon frère 1 Ah! c'est bien toi qui n'es pas seulement un auditeur sourd, mais un observateur docile de l'Évangile; toi qui as attaché à la croix les délices de la jeunesse et l'éclat de la fortune; toi qui, pour marcher à la suite du Christ, n'as pas craint de laisser ton père même avec ses filets- sur cette barque que battent les flots, c'est-à-dire au sein, des richesses incertaines de cette vie, et qui, dédaigneux d'une réputation littéraire non moindre déjà que ton opulence, plein d'un sublime mépris pour la vainc gloire, as courageusement préféré les oracles des apôtres à ceux de Gicéron et de ta propre parole, pour ne plus consacrer désormais qu'aux louanges

du Christ une voix souillée par la faconde du siècle ^)) Aussi Paulin ne peut-il trop s'étonner du désir que Sévère lui témoigne -de se mettre sous sa conduite. « Pourquoi donc, s'écrie- 1- il, un tel désir? Que peux-tu recevoir de moi que tu n'aies déjà? Quel avantage te promets-tu du commerce d'un ignorant? A quoi bon venir à un pécheur? Sage, que peux-tu attendre d'un insensé; juste, d'un pécheur; opulent, d'un pauvre; riche dans le Seigneur, d'un homme dénué de tout bien? Ah! plutôt, souviens-toi de moi devant Dieu , toi dont les mérites plus abondants donnent plus de crédit à tes prières. Cependant, tiens bien, mon frère, ce que tu tiens, et que personne ne te ravisse ta couronne. »

Qu'il vienne pourtant, non comme disciple, mais comme ami : bien des raisons le lui conseillent, mais en particulier l'amour de la paix et l'horreur des querelles ' : ce n'est pas autrement que lui-même est parvenu à éteindre les préventions et les jalousies qu'il avait vues s'élever; par sa fuite, il a dérobé à cette flamme son aliment. Qu'il vienne, et qu'il amène avec lui ces frères qu'il a promis. « Ah! le verrai-je,

1 Nec minoris domeslicis opibus ingenii facultatis laudem ab hominibus non accipiens, et inanis gloriœ sublimiler negligens, piscatoruni prœdicationes TuUianis omnibus et tuis litteris prœtulisti. Confugisti ad pietatis silentium, ut ore puro divina loquereris, et pollutam canina facundia linguam C^risti laudibus expiares. (Epist. v, ad Srverum.)

- Multa sunt quee ad nos invitare le, et de palrla parumper debeant sevocare; prae cœleris amor pacis et zeli fuga. [Epist. v, ad Severiim.)

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