‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 147 sur 186 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

396 s'écoulait, et Paulin attendait tous les jours l'arrivée si souvent promise de Sévère. Mais à sa place, ce furent encore quelques-uns de ses compagnons qui vinrent, porteurs d'une nouvelle lettre ^ Cette lettre parlait comme toujours le langage le plus affectueux; mais elle ne contenait plus les promesses d'autrefois ; Sévère paraissait renoncer définitivement à venir se fixer à Noie : non qu'il n'eût plus à subir de contradictions ni de railleries , mais il s'affermissait contre ces misères; ni que le petit jardin de saint Félix, que Paulin lui avait vanté, n'eût eu pour lui des douceurs; au contraire, il comprenait maintenant, disait-il en souriant, pourquoi Paulin avait abandonné l'Aquitaine : c'est ce petit jardin de saint Félix qui avait fait tort à Hebromagus, Mais sa malheureuse santé ne lui permettait pas, à lui, ces longs voyages; puis, pour décliner à son tour la trop grande admiration de son ami, touchant échange d'humilité! les voies de Pauhn, disait-il, étaient pour lui trop sublimes : cet entier dépouillement de ses biens, il l'admirait beaucoup plus qu'il ne pouvait l'imiter. Il l'imitait pourtant plus qu'il voulait bien le dire. Il devint prêtre, peut-être même l'était-il déjà; et quoiqu'il suivît, plus qu'il ne l'avouait, Paulin dans ses austérités, il y avait, entre le dépouillement de Paulin et le sien, cette différence qu'il gardait, lui, l'usufruit, ou plutôt l'administration de son patrimoine; car il s'était engagé à l'employer, pour

1 Neque sat habes occasionibus cunctis revisere, nisi et pueros tuos mittas. [Epist. xi, ad Severum.)

l'Église, en bonnes œuvres. C'est pourquoi il disait à son ami que les préférences de la grâce avaient été pour lui; qu'ils étaient deux dans un champ, selon le mot de l'Écriture, mais qu'un seul avait été pris. Et continuant, sur le ton d'une douce plaisanterie : « Comment voulez-vous, ajoutait-il, que nous allions chez un homme aussi dépouillé que vous ? Car vous ne tarderez pas à avoir si bien tout donné , que vous ne pourrez plus même nous inviter à venir chez vous. » Un autre motif retenait Sévère : ce que Paulin avait trouvé à Noie, lui l'avait rencontré dans, la Gaule; le culte que Paulin avait pour saint Félix, il l'avait pour un saint encore vivant, saint Martin. Aussi rendait- il au vénérable archevêque de Tours des visites de plus en plus fréquentes, pour recueillir ses conseils , et respirer de plus près le parfum de sa sainteté. Il avait même conçu la pensée de faire pour lui ce que saint Athanase avait fait pour Antoine, encore vivant aussi, d'écrire sa vie. Cette vie d'Antoine par Athanase avait été lue avec enthousiasme ; elle arrachait en foule les âmes au siècle ; c'était elle qui avait commencé le mouvement qui se produisait depuis quelques années en Occident vers la vie monastique. Samt Augustin en a raconté dans ses Confessions un exemple alors récent et mémorable, celui de ces deux officiers du palais impérial qui, dans une promenade qu'ils faisaient ensemble aux environs de Trêves, étant entrés dans la cellule d'un solitaire, et y ayant trouvé cette vie d'Antoine, après en avoir lu quelques pages, en avaient été

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