‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 150 sur 186 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

Junl nous devons ti jamais bénir Dieu, même lorsque nous avons pris des routes diverses, nous ne nous sommes pas séparés ; et ce n'est pas ce qui nous est arrivé, comme tu le dis toi-même non sans tristesse, avec ceux qui paraissaient nos plus chers amis. Ne soyons donc pas ingrats envers Dieu : il n'a pas pris l'un de nous ; de nous deux il n'a fait qu'un. Nous étions deux encore, alors qu'il y avait nous et ces frères avec lesquels nous avons dû rompre pour répondre à l'appel divin; mais aujourd'hui que le Christ a si étroitement uni nos cœurs , nous ne pouvions qu'être pris ou laissés ensemble; nous avons été pris, non pour aucun mérite de notre part, mais par la grâce de Celui dont les dons et les appels sont sans repentance. »

Ainsi donc, en se transfigurant dans l'amour de Dieu, l'amitié de Paulin et de Sévère est devenue et plus haute et plus pure, et plus étroite et plus tendre. Elle est devenue aussi plus forte et plus durable; a immortelle, dit Paulin, comme Dieu même*. » La plus triste infirmité de nos affections, on le sait assez, est leur fragilité. Que voit- on, en effet, dans le monde, qu'amitiés brisées et que cœurs trahis? Fautil s'en étonner? Les passions, les intérêts, les goûts, les sympathies, sur lesquels reposent les amitiés vulgaires, choses mobiles et fugitives! Tant que Paulin et Sévère ne s'aimaient que de la sorte, si douce que fût leur affection, où était sa sécurité? Tant qu'ils

1 In œternam necessitudinem mutavil. (Epist. xi , ad Sevcnun.) I "j

n'avaient pas mis Dieu entre eux c£ qu'ils ne savaient pas môme ce que c'élait que s'aimer en Dieu et pour Dieu, pourquoi leur amitié eût-elle été moins exposée qu'une autre à l'inconstance? Mais aujourd'hui que la charité de Dieu a fait d'eux un cœur et une âme, que de cette amitié Dieu est devenu le lien, la raison et le lieu, pour ainsi dire, à qui donc serait -il possible de la rompre?» Combien, s'écrie Paulin, le lien qui nous unit est-il plus fort que ceux que forment la chair et le sang! Cette affection humaine, qui n'était, nous le comprenons maintenant, qu'une préparation à celle d'aujourd'hui, une affection plus haute, la charité, l'a changée en amitié éternelle. Une affection qui vient de Dieu et demeure en Dieu ne périt pas : celui en qui elle demeure lui communique son éternité \ Et comme elle vient de Dieu et repose sur lui, c'est à lui qu'elle tend; car aimer ce n'est pas se chercher égoïstement soi-même, c'est se dévouer à son ami, l'aimer pour lui-même, pour son vrai bien, pour Dieu , par conséquent : ce qui justifie la définition que donne quelque part Bossuet de cette fleur exquise de la charité, quand il l'appelle « une liaison particulière pour s'aider à jouir de Dieu »; et encore « la perfection de la charité ». Et comme on ne va à Dieu que par la beauté de l'âme, ce que

1 Nos in suse caritatis vinculo copulare dignatus est, a familiaritate carnali in qua , jam nunc intelligimus, huic nos fœderi praeparaverat, in œternam necessitudinem affeclu potiore mutavit. Siquidem caritas, quia in Deo permanet, omnem in quo maneat hominem sua perennitate perpétuât. (Epist. xi, ad Severum.)

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