‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 152 sur 186 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

d'une main amaigrie et fatiguée; le travail est le même, mais non le fruit, car mon froment à moi est mêlé de beaucoup d'ivraie. Tu crains, dis -tu, ma pauvreté. Mais as- tu la foi? Ne crois-tu pas à Celui qui a dit : Ne vous inquiétez pas du lendemain? Si tu y crois, pourquoi redoutes-tu de venir auprès de celui qui n'est pauvre que parce qu'il a eu foi en ces paroles? Eh bien! non, je ne cesserai pas de t'inviter. Viens nous voir, ou plutôt , si tu le peux , vole vers nous. Nous n'avons rien que le Christ. Mais est-ce n'avoir rien que d'avoir Celui qui a tout? Non, vraiment, je n'ai pas préféré, comme tu le dis, à Hébromagus mon petit jardin de Noie; c'est le jardin du paradis que j'ai préféré à mon patrimoine, à ma patrie; car le véritable patrimoine, la véritable patrie, ce n'est pas celle qui passe, c'est celle qui demeure et qui est notre véritable pays d'originel »

« Mais non, ajoutait-il, ce n'est pas le pauvre que tu fuis; c'est le pécheur: car tu n'aurais pas été un visiteur aussi assidu de Martin si tu craignais tant de faire maigre chère. »

Quant à la vie de Martin : « Ces récits, disait Paulin , sont aussi beaux qu'édifiants. Heureux es-tu d'avoir écrit la vie de ce saint évêque, avec un lan-

^ Si credis, quid de ejus fratris inopia famem metuis, queni scis hujus Verbi securilate paupertatem divitiis prœtulisse... Veni ad nos: et si potes, advola. Ebromagum enim non hortuli causa, ut scribis, reliquimus, sed paradisi hortum praelulimus et patrimonio etpatriœ, quia illic magis domus vera, ubi aeterna; ibi verius patria, ubi originalis terra et principalis habitatio. (Epist. XI , ad Severum.)

gage aussi noble et un sentiment aussi vrai. Heureux aussi Martin d'avoir rencontré un historien digne de sa foi et de ses œuvres : en môme temps que ses mérites lui acquièrent la vie éternelle, tes écrits lui assureront sur la terre l'immortalité. »

Cette vie, écrite d'un style sobre et concis, avec un accent de sincérité irrécusable, sinon avec une critique sévère, car l'auteur, qui a beaucoup observé Martin, et beaucoup questionné et le saint et ceux qui vivaient avec lui, raconte les choses comme on les lui a racontées à lui-même, eut, nous aurons occasion de le constater, un succès considérable. Mais ne nous laissons pas écarter de notre saint.

Pendant que ces lettres s'échangeaient entre Paulin et Sévère, non moins active était la correspondance qu'entretenaient avec lui Delphinus et Amandus. On voit par les deux lettres que nous allons analyser, qu'aux premiers temps de son séjour en Campanie, cette correspondance entre Bordeaux et Noie était incessante. On voit aussi que ces deux vrais amis de Paulin ne cherchaient pas seulement, dans la douceur de ce commerce épistolaire , une compensation aux regrets de la séparation ; ce dont ils se sont préoccupés, c'est de son âme, de son avancement spirituel, de ses progrès dans la forte vie chrétienne. Ils veulent achever leur œuvre; cet arbre qu'ils ont planté, et cultivé avec tant d'amour, ils veulent qu'il donne tous ses fruits; cette grande conquête de leur zèle, ils désirent que l'Église en retire tout le fruit et tOut l'honneur qu'elle promet. Aussi , chacune de leurs

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