‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 153 sur 186 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

lettres est un aiguillon pour Paulin ; ils l'excitent, ils le pressent, ils lui crient avec l'Apôtre: Lève-toi des morts, et cherche à atteindre Jésus-Christ. Ils ne permettent pas que ce beau génie se laise, et que sous prétexte d'humilité il étouffe la lumière sous le boisseau. Les longues lettres qu'ils en reçoivent les ravissent, mais elles sont trop courtes à leur gré; charmés de tout ce qu'il tire de la sainte Écriture, ils lui demandent de la scruter plus profondément en- . core, et de leur communiquer avec plus d'abondance les trésors qu'il amasse silencieusement dans sa retraite. Eux, ils ont fait ce qu'ils ont pu : car que pourrait- il leur rester à faire? A Paulin maintenant de rendre quelque chose de ce qu'il a reçu '.

Ces excitations, surtout celles qui venaient de Delphinus, jetaient l'humble solitaire de Noie dans un réel embarras, et, plus libre avec Amandus, il ose lui en faire de douces plaintes * : évidemment, c'est Amandus qui le trahit; c'est lui qui crie sur les toits ce que son ami lui dit à l'oreille^; il a montré ses lettres à Delphinus, et, dans l'illusion de son amitié, il a persuadé à ce père vénéré de s'adresser, lui, si riche, à un tel pauvre. « Mais, ô père, écrivait-il au saint évêque*, c'est aux riches à prêter aux pauvres;

1 Jubés nos in epistolis, quas ad te facimus, aliquem prœter officii necessitatem de Scripturis adjicere sermonem, qui tibi Ihesaurum nostri cordis revelet. (Epist. x, ad Delphinum.)

2 Te magis audeo in verbis mais contemnere. (Epist. ix, ad Amandum.)

3 Quod tibi in auremloquor, tu supra tectum prœdicas. {Ibid.) * Epist. X , ad Delphinum.

c'est aux pères à donner de leurs trésors à leurs enfants. Ainsi le veut la piété, ainsi l'enseigne l'Apôtre. » C'est bien sans doute ce qu'a fait Delphinus, et ce qu'il ne cesse de faire. Il a remis entre les mains de Paulm le talent de l'Évangile; il veut, et à bon droit, que ce talent fructifie. De plus, à tout ce que ce maître a fait pour ce disciple, ce père pour ce fils, il ajoute ses prières : il les croit exaucées, et que Paulin possède tout ce qu'il demande à Dieu pour lui. Il a versé sur lui le sel de sa parole, lui, saint évêque, qui est bien le sel de la terre, et ses fréquentes lettres sont à son âme un condiment toujours nouveau ' ; il ne consent pas à ce que ce sel s'affadisse : justes sont ses demandes, et Paulin avoue qu'il doit correspondre aux grâces dont il est prévenu, c'est là une expression qui se retrouve souvent sur ses lèvres; qu'il doit marcher en avant; regarder, non les sillons qui sont tracés, mais ceux qui restent à tracer encore, aspirer aux sommets; nous saisissons là à son début le sérieux travail sur lui-même de ce converti définitivement en marche vers la perfection chrétienne :

« Oui, votre sainteté a droit de vouloir recueillir ce

qu'elle a semé. Mais moi, champ stérile, que ferai-je?

• Par quels fruits répondrai-je à votre attente, moi qui,

jusqu'ici, terre ingrate, au lieu de blé n'ai produit que

des ronces, et qui, vigne infidèle, ai trop sujet de

1 Jubet me sibi sermoneni spiritali, id est suo, sale conditum promere; meminit enim qiiod me verbi sui sale asperserit. Neque cessât id facere; nam omnes mihi liLlerœ iiliiis spirilalia condimenta sunt. ( Epist. x, ml Drlphinum.)

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