‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 154 sur 186 · CHAPITRE DOUZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE DOUZIÈME

craindre ce reproche : Je l'ai planté comme une vigne choisie, et lu n'as donné que des fruits amers; j'attendais des raisins, et je ne trouve que des épines? Vous me demandez : Qu'ai-je dû faire à ma vigne que je n'aie pas fait? Ah ! il vous reste encore une chose à faire; imitez cet agriculteur qui intercéda pour le figuier- stérile, et obtint que le maître prît patience. Intercédez pour moi ; arrêtez la cognée qui est déjà à la racine de ce pauvre arbre; mettez-y encore, comme un engrais fécond, et vos soins et vos prières : peut-être cet arbre finira-t-il par porter quelques fruits; peut-être cette terre aride deviendra-t-elle fertile; alors, au jour de la moisson, l'agriculteur joyeux pourra se présenter au père de famille avec ses gerbes dans les mains, et recevoir sa récompense \ »

Admirable humilité! Son langage avec Amandus n'est pas moins touchant : « Vous avez mis le Christ dans mon cœur par le sacrement de la foi ; mais, puisque ma paresse l'y a laissé s'endormir, vous faites bien de le réveiller, afin qu'il commande aux vents tumultueux de mes pensées terrestres et aux flots agités de mes convoitises. Oui, prévenu par sa grâce, je dois y correspondre; saisi par lui, il faut que je le saisisse à mon tour. » Sous une autre forme que dans la lettre à Delphinus, sous une image emprun-

1 Plantationis tuœ arbor succum tuae fecunditatis accipiat, ut in die recognitionis , quo pariter sator messorque gaudebunt, nos quoque paterno sinu afferens inter manipules tuos, répétas ab eo culturœ tuse fructum. ( Epist. x , ad Delphinum.)

tée à l'Écriture, les mômes sentiments se retrouvent : riiumililc du récent ascète, et le désir de s'avancer. Il se sent encore au bas de la montagne, mais il en veut gravir les sommets : « Il est écrit : Aux cerfs les hautes montagnes , le trou du rocher au hérisson. » Dans sa profonde humilité, c'est à cet humble animal qu'il se compare: « Tout armé de ses épines, le petit hérisson repousse la main de l'homm.e et la dent de l'animal ennemi. Armé de même de l'humilité et de la crainte de Dieu, puissé-je me préserver et me défendre, et trouver aussi mon refuge dans la pierre, qui est le Christ*. » Mais il veut ressembler aussi au cerf, par la vitesse de sa course et la hauteur de son bois, c'est-à-dire par sa foi et ses œuvres , et atteindre enfin les cimes, a Priez Dieu, dit-il encore, qu'il m'établisse enfin avec les aigles sur les hauteurs. » Et il s'écrie en terminant: « Que je sois votre joie, votre couronne, puisque je suis une de vos plantes dans le Seigneur, et l'objet de votre labeur quotidien ^ »

Ce que Delphinus et Amandus demandent, ils l'obtiendront largement. Lorsque, à mesure que nous avancerons dans cette étude, regardant de plus près l'âme de Paulin, nous trouverons dans ses lettres la trace de ses méditations et de ses progrès dans l'intelligence des saints livres et des choses chrétiennes, et dans sa vie celle du travail persévérant sur luimême qui est et sera toujours sa grande affaire à

1 Epist. IX, ad Amandum.

2 Veslrum gaudium etcorona simiis, quorum in Cliristo plantalio, apud Christum labor quotidianus sumus. {Ibid.)

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