‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 160 sur 186 · CHAPITRE TREIZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TREIZIÈME

Pourquoi saint Félix est -il le glorieux patron de Noie? Paulin en donne deux raisons : c'est d'abord parce que Félix est un grand saint, et qu'à de grandes corruptions comme celles de Noie, le contrepoids d'une puissante intercession était nécessaire; c'est ensuite parce que ses vertus sont précisément le remède qu'il fallait opposer aux vices particuliers des Gampaniens.

En effet, et nous l'avons déjà rappelé, tout, dans celte riante Campanie, invitait au plaisir. Deux grandes divinités régnaient là, Bacchus et Vénus, et y faisaient régner avec elles deux grands vices : l'ivresse et la volupté. Les corruptions de Noie étaient célèbres K C'est au milieu des souillures de ce culte et de ces mœurs, c'est au sein de ces populations qui avaient placé, comme le dit Paulin, le crime même sur leurs autels', que Félix est apparu; c'est lui l'astre radieux que Dieu a fait lever sur ces ténèbres , le remède divin qu'il a préparé à ces horribles plaies morales. Ce saint, qui a mis aux pieds de Dieu tous les biens de ce monde, qui a vécu humble,

1 Vêtus a3nigma de quadam muliere Clodia nomine usurpatum legitur : in triclinio Coa (Venus in insula Coo colebalur); in cubiculo Nola (in cubiculo vero omne genus libidinis Nolanorum more). Et rêvera Nolana lascivia in adagium translata est, ac propterea Ausonius, in epigr. lxx : Et quam Nolanis capilalis . hnzus inussit. (Muratori, ad Natale xiii, v. 169.) ' Prostibulum Veneris simul et dementia Bacchi. Numina erant miseris...

corruptaque tantis Pestibus, ingentem poscebat Nola medelam...

[Ibid.)

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austère et pauvre, qui a offert le sacrifice du sang, est bien le modèle qu'il fallait proposer à ces voluptueuses cités de la Campanie^

D'un autre côté, si la corruption régnait dans les cités campaniennes, la vie était rude pour les pauvres habitants des montagnes : Félix leur apprendra à supporter avec patience leur sort ; il adoucira leurs mœurs sauvages. Il était donc de tout point admirablement choisi de Dieu pour être le protecteur de Noie et de la Campanie. Mais son culte n'était pas renfermé dans ces étroites limites : toutes les populations de l'Italie le vénéraient. En tout temps le glorieux tombeau voyait de nombreux pèlerins le visiter; mais aux jours de ses solennités le concours des peuples était extraordinaire, et la vieille basilique, ainsi que les trois autres, devenait absolument insuffisante.

Ces fêtes se célébraient, dit poétiquement Paulin, le jour qui est le vingtième après celui où, vainqueur des froides et sombres nuits d'hiver, le soleil nous ramène de plus longs jours; c'est-à-dire, comme nous le savons déjà, le 14 janvier, en plein hiver-. Mais, sous ce doux climat d'Italie, quelquefois on se serait cru alors au printemps. Avant de quitter l'Espagne, au 14 janvier de l'an 394, et aux fêtes de l'année suivante, 395, Paulin avait composé deux

' Félix Nolanis medicus iLiil...

Martyr stella loci simul , et mediciiia cnlenlum esL.

{ Natale xi.) - Natale m.

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poésies, que nous avons fait connaître, et il s'était dès lors promis de payer chaque année à son saint protecteur ce tribut de louanges '. Pendant quinze ans il tint parole : c'étaient là ses offrandes. « D'autres, dit-il dans un de ses poèmes, apportent de riches présents. Pauvre, moi, je n'ai que mes chants; ils seront accueillis ; elles l'ont bien été, les deux petites pièces de la pauvre veuves » Il les lisait lui-même aux pèlerins. Ils furent bientôt un des vifs attraits

1 Comme dans la langue liturgique le jour de la mort d'un saint, c'est-à-dire celui où il entre dans la gloire, est appelé son jour natal, nalalis dies , de là le titre de Carmina Natalia, ou Natalilia, ou Natales libri, donné à ces poèmes : titre contre lequel Mingharelli [In Natalitia Paulini carmina Pra.'fatio) réclame bien à tort , ce nous semble.

Paulin en a composé non pas dix-huit, comme le dit par erreur M. Ozanam, mais quinze. Longtemps on n'en connut que dix, plus des fragments de quatre autres , conservés par un vieil auteur du ix« siècle, Dungal, qui les avait insérés, à l'époque de la grande controverse soulevée par l'hérésie des iconoclastes, dans son livre de Cullu imaginum , trouvant là d'admirables témoignages de la tradition chrétienne, au iv« siècle, en faveur du culte des saints, témoignages non moins démonstratifs contre les novateurs du xvi"=. Nous avons déjà dit comment un savant italien, Muratori, eut le bonheur d'en découvrir trois dans leur intégrité, en compulsant un manuscrit de la bibliothèque Ambroisienne à Milan. Le xiv<= seul est perdu. - Cedo, alii preliosa ferant donaria, meque

Officii sumptu superent...

Ego muuere lingute

Nudus opum i'amulor...

Nec metuam sperni , quoniam non vilia Christo

Pauperis obsequii libamina; qui duo lœtus

-Era piee censum viduae laudata re^epit.

{Natale vi.)

du pèlerinage. Il est vraisemblable qu'on en faisait des copies, et que plus d'un pèlerin s'en retournait avec ces hymnes, qui allaient porter au loin la gloire du saint et de son poète. Les deux que nous connaissons ne sont, semble-l-il, que des préludes au vaste poème que Paulin portait dès lors dans sa pensée, et dont il se proposait de faire, à l'honneur de son saint chéri , un monument. Dans le troisième , celui de l'an 396, le poète prend un plus libre essor; dans ceux des années suivantes, son vol sera plus ample encore, et l'ode deviendra un vrai chant épique. Nous les étudierons au fur et à mesure que nous les rencontrerons, avec tout le soin qu'ils méritent.

Il n'est pas difficile de saisir le plan de ce monument. Tandis que les deux premiers poèmes, que nous avons appelés des préludes, n'ont l'un que 38 hexamètres, et l'autre 36, le troisième, celui de l'an 396, en a déjà 135. Ce n'est cependant encore qu'une vue générale du sujet. Paulin embrasse d'un coup d'œil d'ensemble les divers aspects de la fête, le concours des peuples, l'éclat de la basilique, la puissance du saint; le début est tout lyrique :

« Le grand jour est venu, de toutes parts les multitudes se précipitent, le ciel et la terre se sont mis de la fête; on dirait que le ciel radieux sourit; les vents d'hiver se taisent; on croit sentir passer comme un souffle de printemps. Voyez -vous tous ces peuples qui viennent à flots pressés? Ils partent la nuit, ils n'attendent pas le jour, la lumière des torches chasse

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