CHAPITRE TREIZIÈME
les ténèbres : un même sentiment meut toutes ces foules. Que de villes à la fois dans une seule ville! Voici les pèlerins de la Lucarne, de l'Apulie, de la Galabre, du Latium qu'enferment deux mers, ceux des six villes de la riante Campanie, ceux de la riche Capoue aux hautes murailles, et ceux de Naples la belle; les vignerons du Gaurus et des joyeux coteaux du Massique, et ceux qui cultivent les champs fertiles qu'arrose le Galèse; Preneste, Altinum, Ardée envoient aussi leurs foules; les Samnites sont descendus de leurs montagnes ; la piété a vaincu l'âpreté des chemins; Rome elle-même s'est émue : ses enfants prennent le chemin de Noie, la porte Capène les voit sortir par milliers; leurs bandes serrées couvrent au loin la voie Appienne. »
La vieille basilique s'est parée pour les recevoir : « Des voiles blancs ^ont suspendus aux linteaux do- ' rés, des guirlandes de feuillage ornent les portes, le parvis est jonché de fleurs; les nombreuses lampes qui couronnent l'autel y versent des flots de lumière, les mèches de papyrus enduites de cire parfument le lieu saint de suaves odeurs ; jour et nuit elles sont allumées; ainsi la nuit étincelle des feux du jour, et le jour lui-même resplendit d'un éclat nouveau. » La foule remplit la basilique, des chants pieux se font entendre, chacun offre ses vœux au saint; on suspend aux portes les ex-voto de la reconnaissance, des lames d'argent poli où sont gravées les grâces reçues ; on pénètre jusqu'au saint tombeau ,* à travers les deux ouvertures de la plaque de marbre qui le
recouvre, on introduit des vases remplis d'huile de nard et d'autres liqueurs précieuses, pour les faire toucher au sarcophage, afin de leur communiquer par ce contact quelque chose de la vertu du martyr; les pauvres ne sont pas oubliés, ils ont leur part des offrandes qu'on fait au saint, aumônes, copieux banquets ' ; la joie anime tous les cœurs. Paulin , à cette vue, ne peut contenir ses pieux transports :
« Chantez, s'écrie-t-il, chantez, enfants, les louanges de Dieu; faites-lui entendre vos vœux ; redites en chœur vos chants de fête. Jonchez de fleurs les parvis du temple, suspendez des guirlandes à ses portes; que l'hiver se change en printemps, que l'année' nous donne des fleurs avant la saison, que la nature s'harmonise avec ce saint jour. 0 terre, tu dois des couronnes au tombeau du martyr ! Glorieux martyr, que le ciel couronne deux fois, car il fut vainqueur dans la paix comme dans la guerre. Et vous, ô saint, joignez vos prières aux nôtres, pour que nous puissions célébrer ce beau jour au sein d'une paix que rien ne trouble plus; qu'il nous ramène chaque année l'allégresse, et ces vœux, et ces vers, dont nous aimons à vous payer le tribut dans vos fêtes. »
Peut-être y a-t-il dans ces dernières paroles une allusion patriotique aux troubles à peine apaisés de l'empire, et une prière touchante pour les deux en-
1 Ces détails se retrouvent plus abondants encore dans le Natale vi.