CHAPITRE QUATORZIÈME
modèle de l'humanité, c'est le Rédempteur : à son exemple, il faut s'abaisser pour s'élever^ ; il faut humilier l'orgueil et mortiQer la chair, et par là rétablir en nous la dignité et la liberté primitives, car « celui qui ne sert que Dieu n'est l'esclave de personne». Cette humilité, qui est bien différente de la pusillanimité, est la vraie grandeur, et cette austère discipline la vraie liberté. « Humble par le cœur, sublime par les. œuvres -, » voilà le chrétien. « Donc, le cœur humilié devant Dieu, mais l'âme élevée jusqu'à lui, ne craignons que Dieu seul, n'aimons rien plus que Dieu. Et sous son joug seulement, parce qu'il est suave, sous son fardeau, parce qu'il est léger, courbons notre tête; libres alors du joug de toute puissance ennemie, nous nous élèverons vers les cieux. Car précisément parce qu'il est léger, le joug du Seigneur nous fait monter au-dessus des bassesses de celte terre; c'est la nature des choses légères de tendre en haut, tandis que le mal, par son propre poids, nous déprime et nous abaisse. »
Telle est la doctrine exposée par Paulin dans cette lettre; en même temps elle révèle le progrès du travail intime de son âme sur elle-même : travail de purification et de sanctification. Il termine en se recommandant humblement aux prières du saint prêtre: « Mon nom, lui dit-il, ne mérite pas d'être prononcé nu Seigneur, moi dont les iniquités surpassent le
1 Ut qui exallationis spiritu cadere merueramus, cordis humilitate resurgere disceremus. (Epist. xit, ad Amandum.) r Corde humiles, opère sublimes, {llnd.)
nombre des cheveux de ma lete; mais vous qui le servez dès l'enfance, que ce siècle n'a jamais souillé, dites-lui comme Moïse: Seigneur, par donnez- lui, ou retranchez -moi du livre de vie. Car le Seigneur, ne pouvant perdre le juste, sauvera en sa considératio*i le pécheur. »
De telles lettres n'él aient pas faites pour modérer le désir qu'on avait à Bordeaux des épîtres de Paulin, et ralentir cette correspondance. Peu de temps après Paulin vit donc arriver à Noie, vers le carême, un messager qui aura désormais quelque importance dans nos récits; car, voyageur infatigable, malgré son âge déjà avancé, il ira et reviendra encore de Bordeaux à Noie, et de Noie à Bordeaux ; c'était Gardamas, un ancien esclave donné par Paulin à Amandus, et qui avait été comédien dans son temps, et fort ami du vin et de la bonne chère; mais il était si bien converti que Delphinus avait pu en faire un clerc. 11 apportait à Paulin des lettres et des nouvelles : Delphinus avait été gravement malade; mais il était tout à fait rétabli, et l'affaire du prêtre de Gapoue allait à merveille. Daducius abandonnait ses prétentions ou ses droits : Paulin pouvait annoncer au vénérable Basilius que sa maison lui était assurée ; ce fut une grande joie pour ce pauvre prêtre , et pour le clergé et la ville de Gapoue, qui s'étaient intéressés à son infortune. Heureux de ces nouvelles et de ces lettres, Paulin retint Gardamas tout le temps du carême, et il lui remit à son départ pour Delphinus et Amandus des lettres plus courtes que