CHAPITRE QUATORZIÈME
les précédentes, mais pleines, comme toujours, de respectueuse affection et d'admirable humilité. La lettre à Delphinus est une sorte d'action de grâces pour le rétablissement de sa santé; Paulin y expose en termes élevés et touchants la raison des souffrances des saints : Dieu les éprouve pour augmenter leurs mérites, et nous instruire par leur exemple'. Il y a, comme nous l'avons déjà remarqué, plus d'abandon et d'épanchement dans la lettre à Amandus : « Quelle joie, dit-il, Cardamas nous a apportée! Des lettres de vous, et de vos nouvelles! Toute notre âme a tressailli. Ainsi donc, vous pensez toujours à nous! Et Dieu vous garde, vous, en bonne santé! Et notre vénéré père est enfin délivré d'une longue souffrance! Vous, qui souffriez dans votre cœur comme lui dans son corps, le même Dieu qui l'a visité sur son lit do douleur, vous a visité vous-même en calmant vos angoisses. Et moi, qui l'ignorais, pendant ce temps, hélas! je me livrais à la joie. Mais Dieu a voulu, en me faisant connaître la guérison en même temps que la maladie, m'épargner les tristesses où j'aurais été plongé moi-même. » Il le charge ensuite de ses remerciements pour les Daducii. Il n'y a pas jusqu'au pauvre vieux courrier, Cardamas, qui n'ait sa part dans la lettre, et que Paulin ne se prenne à aimer; et il le méritait par son dévouement et sa docilité : « Vous n'en avez pas fait, écrivait Paulin à Amandus, seulement un clerc, mais encore un homme
' Epist. x!v, ad Dclphinum.
mortifié. » 11 lui avait fallu, malgré ses anciennes habitudes, se soumettre au régime de Paulin, à ses légumes , à la petite mesure de ses verres , à son jeûne rigoureux jusqu'au soir; Paulin raconte que cela alla bien jusqu'à Pâques; mais alors Cardamas espérait pouvoir se mettre à teble un peu plus tôt, et quand midi arrivait, l'inquiétude et l'appétit commençaient à le gagner, et il disait, non sans tristesse, ce mot du psaume : Ma langue se dessèche el s'attache à mon palais , la faim et la soif me consument les os; mais en vain : « Mon fils , lui disait en souriant Paulin, et élevant avec bonté et charité aux sérieuses et grandes pensées cette nature un peu vulgaire, Vhomme ne vit pas seulement de pain; il faut mater la chair pour sustenter l'âme ; » et force lui était d'attendre jusqu'à none • ; mais alors il retrouvait toute sa gaieté. « Plaisanterie à part, disait Paulin en terminant, et parlons de ses intérêts. » Et comme Cardamas avait dit que sa femme, vieille et malade, lui était de peu de secours dans sa maison : « Ayez la charité, disait Paulin, de lui donner un petit serviteur ^ »
Mais Sévère, que devenait-il? Depuis près de deux ans, on n'entendait plus parler de lui à Noie. Dans sa dernière lettre, du commencement de l'an 396, il promettait encore de venir: tout l'été, tout l'hiver, Paulin l'attendit, mais en vain; le printemps et l'été de l'année suivante, 397, ne l'amenèrent pas davantage. Paulin, ce cœur affamé d'amitié, souffrait. Ge-
1 Trois heures du soir.
- Epist. XV, ad Amandum.