‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 171 sur 186 · CHAPITRE QUATORZIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATORZIÈME

pendant il se prenait à une espérance. Il n'écrit pas, disait-il : c'est qu'il va venir; et les fêtes des saints Apôtres, époque à laquelle il avait coutume d'aller tous les ans à Rome, approchant, il se flatta de la pensée qu'il y rencontrerait son ami. Il y passa dix jours, pendant lesquels il trouva et vit beaucoup de monde. Il nous a dit lui-même comment il employait là son temps: le matin, il visitait ies basiliques et les tombeaux des martyrs; l'après-midi tout entier était consacré aux innombrables visites dont il était accablé dans une ville où il avait tant de relations. Mais, nouvelle déception, Sévère n'était pas venu. Heureusement, Paulin eut des dédommagements : de nouvelles lettres de Bordeaux lui furent remises par un sous-diacre de Delphinus , nommé Amachius; en outre, si Sévère n'y était pas, un de ses parents, nommé Sabinus, s'y trouvait, avec un personnage chargé d'une lettre de Sévère pour son ami. Comme jusque-là Sévère avait confié ses lettres à des disciples, ce personnage causa à Paulin une étrange surprise, afïublé qu'il était d'une chaussure militaire et d'une casaque rouge, avec des joues de même couleur, qui n'annonçaient pas précisément l'abstinence monastique * : il fut reçu assez froidement. Bientôt après Sabinus, se présentant lui-même, le lira de son erreur: il reconnut qu'il n'avait eu affaire d'abord qu'à un des gens de Sabinus , dont le nom était Marracinus , et il accueillit le parent de Sévère comme

1 Epistolas, quas per inspirilalem monachum miseras. (Epist. XXII, ad Severum.)

il eût fait Sévère lui-même. Sabinus s'ofTrait à remporter la réponse à la lettre remise par Marracinus ; mais Paulin n'ayant pas un seul moment pour répondre à cette lettre, non plus qu'à celles qu'Amachius avait apportées, emmena, avec le dessein de lui confier ultérieurement ses réponses , ce sous-diacre à Noie. A peine arrivé, il fut repris de la maladie qu'il avait eue deux ans auparavant. Dès qu'il fut convalescent, il remit, en effet, au sous-diacre Amachius, pour Delphinus et Amandus, des lettres qui malheureusement sont perdues, et une aussi pour, Sévère : c'est de celte lettre que nous avons tiré les détails qui précèdent ; mais il faudrait la citer elle-même pour faire entendre l'accent de ce cœur affectueux. Il se plaignait d'abord tendrement à son ami de ses promesses toujours réitérées et jamais remplies, et de son trop long silence : « Et je t'ai invité, disait-il, et je t'ai attendu : et loi, tu m'as laissé, sans même la consolation de tes lettres, dans les tortures d'une attente quotidienne, pendant deux ans!» Il lui racontait ensuite la maladie qu'il venait de faire et sa guérison; il terminait par une nouvelle et pressante invitation à tenir sa parole tant de fois donnée. Sévère alléguait sa mauvaise santé: mais l'empêchait-elle d'aller chaque année une ou plusieurs fois à Tours visiter saint Martin? On n'est pas jaloux à Noie de Martin: mais est- il permis de tromper Félix? Non, et Sévère a beau dire, Paulin ne peut pas, ne veut pas renoncer à l'espoir de le voir dans la demeure ou plutôt dans le sein de leur commun maître. « Que de

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