‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 18 sur 186 · CHAPITRE PREMIER y · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER y

du monde, qui souvent, au témoignage de saint Jérôme , ne connaissaient même pas l'étendue de leurs possessions, et établissaient une lutte insensée entre leurs prodigalités et leurs richesses, sans par- \enir à vaincre celles-ci par celles-là '. Les biens de la famille de Paulin étaient immenses. Nous avons déjà mentionné ce domaine de Burgus chanté par Sidoine. Paulin et Ausone parlent aussi d'Hebromagus comme du séjour favori de Paulin -. Enfin les lettres de Paulin mentionnent aussi Alingone, ou Portus Alingonensis, aujourd'hui Langon. Outre ses possessions d'Aquitaine, cette famille en avait dans la Gaule Narbonnaise; elle en avait en Italie, à Fondi, dans le Latium, et à Noie en Campanie. Peut-être aussi en Espagne. Ausone appelait les seules possessions d'Aquitaine « des royaumes », et gémissait, après la conversion de Paulin, de voir, comme il disait, cent nouveaux maîtres s'en partager les laml>eau.\ ^

1 Per varias vokiptates divitias suas vincere nequeunt. [Ad Paulam, explanatio psalmi cxviii.)

' Quelques érudils ont voulu confondre Burgus avec Hebromagus; d'autres tiennent pour Embrau, aujourd'hui Braud , mot qui paraît se rapprocher davantage d'Hebromagus. Un savant prêtre bordelais, M. l'abbé Larrieu, qui s'est caché dans l'Aquitaine, Semaine religieuse de Bordeaux (année 1865, p. 689-G94, et 703-708), sous le pseudonyme de Nolibois, a, le premier, proposé de chercher Hebromagus, non pas entre Bordeaux et la mer, mais au-dessus de Bordeaux, au Portus Alingonensis, ou aux environs. Sa principale preuve (non pas la seule) est un texte d'Auson«, dont nous parlerons ci-dessous.

3 Ne raptam, sparsamque domu'm , lacerataque cenlum Per dominos veteris Paulini régna fleamus.

(Epist. xxiii, ad Paulinum.)

10 HISTOIRE DE SAINT l'AULlN DE NOLt

Celle famille élail-elle chrélienne? Nous croyons qu'il Gsl permis de l'affirmer; nous en cilerons pour preuve ces vers si connus de Prudence :

Non raulinoruiu , non Bassorum dubitavit Prompta fides dare se Christo i.

Le christianisme avail eu beaucoup de peine à entamer le patriciat romain ; il y avait cependant pénétré dès l'origine et fait d'illustres conquêtes. Mais, depuis la conversion de Constantin surtout, l'orgueil de ces vieilles races s'humiliait, et les descendants des plus nobles familles de Rome, si longtemps rebelles, vinrent enfin, comme le chantait le poète chrétien Prudence, donner leur foi au Christ et se retremper ainsi dans une noblesse plus haute.

Stirpemque superbam Patricise gentis venturo attollere sseclo 2.

Mais si celte preuve paraît insuffisante, parce que Prudence, qui écrivait au v« siècle, pourrait dans ces vers n'avoir eu en vue que les nombreuses conversions opérées au sein du patriciat à la fin du règne de Théodose , après la défaite d'Eugène , comme nous aurons occasion de le raconter, voici un texte qui nous paraît ne pas laisser de doute sur ce point. Paulin, dans une lettre à son ami le prêtre Amandus de Bordeaux, demande que l'on ordonne prêtre un de ses affranchis, et qu'on le commette à la garde du tombeau de ses parents pour y remplir

' Prudence, contra S\jminachum.

^ Prudence, ibid.

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