‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 21 sur 186 · CHAPITRE PREMIER lo · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER lo

litude des grammairiens et des rhéteurs, le i\° et le v° siècle sont une époque de décadence, du moins pour lu littérature profane. L'inspiration s'en va, les procédés la remplacent; les maîtres sont érudits , diserts, beaux esprits; mais ils cultivent trop, et jusqu'à la subtilité, la forme, le style; la langue s'allère, le goût aussi; l'éloquence devient déclamatoire et bassement adulatrice; la poésie ne vit plus que de réminiscences usées et d'artifices puérils. Admirons toutefois cette activité d'esprit à la veille et au milieu du tumulte des invasions, et disons-le avec un littérateur délicat, M. Ampère : « On ne peut refuser quelque sympathie et quelques regrets à ces derniers zélateurs des lettres classiques. Les soleils d'automne sont pâles; mais on les contemple avec un charme particulier, parce qu'après eux il n'y a plus que l'hiver ^ . »

Gomme toute la jeunesse de son temps, Paulin dut donc fréquenter les écoles des grammairiens et des rhéteurs. Il fut surtout l'élève et l'élève préféré d'Ausone. Une longue intimité unissait leurs deux pères : l'un médecin de Bazas retiré à Bordeaux, et l'autre ancien préfet des Gaules "^ Ausone qui, né, comme on croit, vers 310, avait quarante-quatre ans, et était dans tout l'éclat de son talent et de sa renommée quand naquit Paulin, s'attacha tendrement au fils du vieil ami de son père, et cultiva son

1 Histoire lilléraire de la France avant C liarlemagne , t. I. - Ausone, Episl. xx.

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cducalion avec d'autant plus de soin que celui-ci annonçait les dispositions les plus heureuses; ce fui lui aussi, il s'en vante du moins, qui lui ouvrit prématurément la roule des honneurs. Quelques détails sur ce personnage sont donc ici indispensables.

Ausone fut le rhéteur de son temps le plus fameux et le plus favorisé de la fortune. Son origine, sa généalogie et toute sa famille, ses maîtres, ses condisciples et ses émules dans l'enseignement, les nombreuses relations littéraires qu'il entretenait avec soin, il ne nous a, dans ses écrits, rien laissé ignorer de tout cela. D'une origine éduenne par sa mère, Aquitain par son père, il enseigna à Bordeaux pendant trente ans; grammairien d'abord, rhéteur ensuite, poète toujours. Sa renommée le porta à la fortune et aux honneurs, et le motdeJuvénal se réalisa pour lui à la lettre : Fies de rhe tore consul ". Étail-ce cependant un homme de génie qu'Ausone? Loin de là; les hommes de génie, ils avaient nécessairement passé par les écoles, mais ils n'y étaient pas restés; ils s'appelaient en Orient, Alhanase, Basile, Grégoire, Chrysostome; en Occident, Hilaire, Ambroise, Jérôme, Augustin. Ausone n'était même pas à la hauteur de ces brillants rhéteurs grecs, ses contemporains, Thémistius, Libanius; mais c'était le professeur le plus applaudi, le plus spirituel écrivain et le plus ingénieux poète des Gaules, et pour l'époque c'est beaucoup dire; versificateur cependant plutôt que poète, au juge-

1 Sat. vu.

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