CHAPITRE DEUXIÈME
été faite de lui au saint dès ses premières années , primis ab annis : et il lui offrit sa première barbe < .
Les Romains , quand ils coupaient leur première barbe, au passage de l'adolescence à la virilité, la consacraient à quelque grand dieu , ou aux divinités du foyer domestique. Ainsi Néron offrit la sienne à Jupiter Capitolin dans une pyxide d'or, enrichie de pierreries-. C'était une sorte de pacte que Paulin entendait conclure ainsi avec le saint. Gela prouve-t-il qu'il était dès lors baptisé? On s'étonne que le savant auteur du Paulinus Illustratus ait pu commettre cette grave méprise ^ Faut -il voir là au moins, avec Muratori et d'autres, son entrée dans le catéchuménat? C'est encore une supposition arbi-
1 Tune etiam primœ libamina barbœ ,
Ante tuum solium, quasi te carpente, totondi.
Nous distinguons donc deux consécrations de Paulin à saint Félix. La première, dès son enfance:
Tibi me Mancipium primis donavit Christus ab annis ;
la seconde, indiquée par ces mots : Nam, puei% etc. Le mot puer, en latin, et Muratori en cite de Paulin lui-même plusieurs exemples, avait une signification très large. Saint Jérôme dit, dans sa lettre à Népotien : « Dum essem adolescens, imo pêne puer; » or il était alors au désert: « et primes impetus lascivientis aetatis eremi duritiâ frenarem. »
2 Barbam primam posuit, conditamque in auream pyxidem, et pretiosissimis margaritis adornatam , Jovi Capitolino consecravit (Suétone). L'usage remonterait bien haut, si Thésée, comme le raconte Plutarque dans sa vie, est allé à Delos dans le même but; et il se serait conservé bien longtemps, jusque dans le moyen âge, puisque les moines, au témoignage de Mabillon, consacraient à Dieu leur barbe en la déposant.
3 Paulinus Illustratus, pars II, c. v.
traire: fils de parents chrétiens, Paulin pouvait très bien être déjà catéchumène, comme saint Martin quand il donnait la moitié de son manteau à un pauvre, comme saint Ambroise quand il fut appelé à l'épiscopat. Ce qu'il y a de certain ici, c'est que Paulin reçut ce jour- là une impression religieuse profonde, un vif mouvement de foi; germe précieux, recouvert , non étouffé par toutes les préoccupations d'ambitioji qui l'obsédaient alors, et qui un jour, quand des pensées plus graves l'auront amené à d'autres points de vue, portera dans son àme tous ses fruits. Il en est souvent ainsi dans la vie : une grâce reçue reste en nous à l'état latent, attendant, des années quelquefois, pour produire tout son effet, les moments de la Providence. Il en était de même des impressions analogues que Paulin recevait d'un autre spectacle , le spectacle de Rome chrétienne.
A Rome , plus encore que dans les Gaules , le déclin du paganisme, vers la fin du iv« siècle, était visible , et le triomphe du christianisme éclatant. Valentinien et Gralien étaient entrés résolument dans la politique chrétienne inaugurée par Constantin. Comprenant que l'avenir était à la foi nouvelle, ils s'étaient efforcés de mettre les lois en harmonie avec le grand fait qui dominait le monde, et à restreindre, par des mesures de plus en plus prohibitives, le culte suranné des dieux. Les grandes familles de Rome se convertissaient à l'envi. Les temples étaient déserts, les toiles d'araignées couvraient les statues des dieux : la foule passait avec