CHAPITRE TROISIÈME
Contre ces déboires de la vie publique, Paulin songea d'abord à chercher une compensation dans les joies du foyer domestique, et soit intuition du cœur maternel , soit providentielle rencontre , un voyage qu'il fît au delà des Pyrénées unit sa destinée avec une jeune et belle Espagnole, nommée Therasia. C'est la première fois qu'on rencontre dans l'histoire ce nom destiné à être porté en Espagne encore par la plus grande sainte des temps modernes. De la famille de Therasia , on ne sait absolument rien , finon qu'elle était opulente, du moins à en juger par les nombreuses résidences que Paulin eut plus tard en Espagne, à Complutum, à Saragosse , dans la Tarraconnaise, à Barcelone. Mais ce qui était un plus grand trésor pour Paulin , c'étaient les qualités d'âme et de cœur de celte jeune femme , en qui il trouva une telle correspondance avec sa propre âme ' , qu'il l'aima d'une des affections les plus tendres, les plus profondes, les plus fidèles, que
Gallâ mente tamen nunquam divulsus ab istâ
Sede fui, semperque sinu Felicis inhœsi,
Inque vicem sensi Felicem adsistere noslris
Rébus in omne bonum, per cuncta domique, forisque,
Conficienda. Mihi res, et defensio rerum ,
Unus erat Félix, placato numine Christi,
Semper et avertens aversa , et prospéra praestans.
Tu, Félix, semper felix mihi, ne miser essem,
Perpétua pater et custos pietate fuisti.
{Natale xiir.) 1 Matrona quoque studio cjus proxime accedit. (S. Ambr.
Epist. ad Sabinum.) Therasiam similem sibi sortitus est uxorem.
— Greg. Tur. De gloriâ cohf. c. 107.
l'histoire des âmes chrétiennes permette de contempler. Et , ce qui était plus précieux encore , Therasia était chrétienne, non seulement par son baptême, qui n'avait pas été différé, comme celui de Paulin, mais par sa fervente piétés Aussi, quand plus tard Paulin , déjà consommé dans la sainteté, et éclairé de lumières plus hautes, put jeter en arrière, sur son existence, ce regard qui permet de reconnaître, dans l'ensemble et aux résultats, les voies par lesquelles nous a conduits la Providence, il comprit que ce jour -là il avait reçu la plus grande grâce peut-être de sa vie, et que Dieu déjà le prenait pour lui, en lui donnant une telle épouse. Il a exprimé ce sentiment reconnaissant dans les vers suivants, adressés à saint Félix, par qui, dans sa conviction, toute grâce et tout bien lui arrivaient : « Rendu aux inquiétudes maternelles, je franchis les Pyrénées, j'allai chez les Ibères nos voisins; et là, ô Félix, vous me laissâtes engager, selon la commune loi des hommes , dans les liens de l'hymen ; mais c'était pour gagner nos deux vies , et pour que, à la faveur de ces liens charnels, nos deux âmes étant tendrement unies, la ferveur de l'une pût compenser la fidélité si longtemps différée de l'autre-.»
1 Matrimonium felix ei contigit, locuples fœmina, et sapiens, mireque consenliens, et, quœ prima gloria est, apprime religiosa. [Sacch'mi, apud Bolland.) Nous concluons qu'elle était déjà baptisée, d'un vers du xiw Natale, que nous allons tout à l'heure citer.
2 SoUicitae matri sum redditus. Inde propinquos Trans juga Pyrenes adii peregrinus Iberos. lUic me thalamis humanâ lege jugari