CHAPITRE TROISIÈME
de chasse, probablement, à en juger par les deux petits poèmes qu'il lui adressa et que nous avons encore; Sanclus, avec lequel il sera heureux de reprendre un jour ses relations interrompues. Des hommes plus jeunes , épris de sa renommée , cl encore plus des charmes de son commerce, ne tardèrent pas à grossir le nombre des fidèles qui lui faisaient dans sa retraite comme un cortège d'honneur. Au premier rang parmi ceux-là, il faut nommer le jeune Sulpice Sévère', d'une illustre famille d'Aquitaine*, allié déjà ou sur le point de s'alliera une famille non moins illustre, peut-être la grande famille des Bassus ', et qui faisant alors ses débuts au barreau, passionné pour l'éloquence et la littérature, fut un des premiers à accourir aux rayons de la gloire renaissante de Paulin ; une étonnante
1 Sévère est son nom, Sulpice son prénom. Grégoire de Tours le nomme Sévère Sulpice; l'usage qui a prévalu, de dire Sulpice Sévère, est plus fondé en raison. — Voyez l Inlroduction à ses œuvres, par Jérôme de Pralo, édition de Vérone de 1741; le tome II est de 17'j4.
- C'est tout ce qu'on peut dire de certain, au jugement de son savant éditeur, Jérôme de Pralo. (T. I, Inlrod. 1.) Ce critique, du reste, a remarqué avec sagacité que l'argument de Scaliger pour fixer le lieu de sa naissance à Agen n'est pas démonstratif. Scaliger tire cette conséquence de ce que Sévère, dans un de ses dialogues, appelle nostrum Phebadius, l'évêque d'Agen. Il s'ensuit que Sulpice Sévère était comme lui de la Gaule méridionale, rien de plus.
' S'il est permis avec Tillemont de tirer celte conjecture du nom de sa belle-mère Bassula. Il est à remarquer du reste qu'au IV' siècle ce diminutif était fréquent dans les noms de femmes ; ainsi Domitilla, Fabiola, P.lesilla, Flaccilla, etc.
conformité d'âme entre ces deux amis devait amener une étonnante conformilé de destinées. Le jeune consulaire reprit donc avec ces hommes riches, illustres, lettrés comme lui, sa grande existence d'autrefois , libéral et magnifique comme toujours , doucement consolé dans ses regrets et admirablement aidé dans ses relations par la jeune et aimable Therasia. Il habitait, tantôt la brillante capitale de l'Aquitaine, et tantôt sa délicieuse campagne d'Hébromagus, consacrant aux occupations littéraires, pour lesquelles Ausone lui avait inspiré un de ces goûts qui ne s'effacent jamais et auxquels on revient toujoyrs, tout le temps que les affaires lui laissaient. Hébromagus était peu distant des riches villas où Ausone résidait, et dont il avait fait, dit Paulin, des palais aussi superbes que ceux de Rome\ se consolant, nous l'avons vu, de la tromperie des hommes et des choses par la fidélité des muses. Le vieux rhéteur était plus fécond que jamais. Sa verve était intarissable. Se plaisant comme tous les vieillards aux souvenirs, il se reportait vers les beaux jours de sa jeunesse, et chantait les professeurs célèbres que Bordeaux avait entendus ou vus naître. Il adressait à son petit-fils des conseils sur ses études futures. Il faisait la nomenclature poétique des grandes villes de l'empire; poésies, il est vrai, beaucoup plus intéressantes pour l'histoire du temps que pour l'art. Il
1 Aul cum Lucani retineris culmine fundi ,
.'Emula Romuleis habitans fastigia lectis.
{Ad Aicsonium, Poema x.)