‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 44 sur 186 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Paulin, en effet, s'occupait comme le vieux maître à faire des vers. Il composa alors deux poèmes, aujourd'hui perdus , qu'il adressa successivement à Ausone, en lui demandant son avis et surtout ses corrections; l'un était de ces poèmes historiques, assez à la mode alors, un abrégé de l'histoire des rois de Suétone ^ ; le sujet de l'autre est inconnu -. Ausone ne tarit pas en louanges sur les poésies de son élève; il jure que ce second poème est inimitable, quoique bien digne d'être imité. Il vante la fécondité de l'invention, la beauté de la trame poétique, et la douceur des vers; et quoique Paulin lui

giques dont cette pièce est semée : les talonnières de Persée, le pétase du dieu d'Arcadie, Pégase faisant jaillir sous son pied l'Hippocrène. U y a d'autres beautés :

<( Dis que j'aurai bientôt chargé un chariot de vers héroïques, auquel j'attellerai un vieux cheval qui arrivera avec trois messagers; si on te demande lesquels, tu répondras : J'ai vu le dac tyle à trois nœuds prêt à partir sur une haridelle au trot dur; le spondée au pied lent marchait à côté de lui; placé aux lieux pairs, il ralentit mon allure; » cela pour rappeler que, dans ces sortes de vers, on ne pouvait placer le spondée qu'aux deuxième, quatrième et sixième pieds; » un autre enfin, mon pareil, mais toujours mon adversaire, qui n'est ni pair ni impair, c'est le trochée. » Le trochée, composé de deux syllabes, comme l'iambe, est, en efîet, son pareil; mais ces deux syllabes étant une longue et une brève, tandisque dans l'iambe c'est une brève et une longue, est aussi son contraire; et comme il n'entrait pas dans les vers héroïques, il n'était ni pair ni impair. Cette mythologie et cette grammaire dans cette poésie, caractérisent celte littérature.

1 His longe jucundissimum poema subdideras, quod de tribus Suetonii libris quos ille de regibus dédit, in epitomen coegisti. (Epist. XIX, ad Paulinum.) L'ouvrage de Suétone, comme le poème de Paulin, est perdu.

- Epist. XXI.

ait donné le dernier poli, il ne refuse cependant pas, puisque son jeune ami l'exige , d'y ajouter à son tour la touche superflue, dit-il, de son ciseau ^ Quant au poème historique, il le trouve délicieux, jucundissimum poema ; d'une élégance parfaite, avec ce rare mérite que la brièveté n'y nuit pas à la clarté 2. Et il en cite pour exemple onze vers, qui, grâce à cette citation, n'ont pas péri, et dans lesquels ce qui émerveille le vieux rhéteur, c'est le bonheur avec lequel Paulin a fait passer dans la langue latine les noms des rois des pays barbares de l'Europe, de l'Asie et de l'Afrique : l'art de Paulin a été de donner à ces noms une désinence latine sans défigurer le corps même et l'aspect barbare du mot. Sur quoi il s'écrie qu'il n'y a pas un jeune Romain capable de lui disputer la palme de la poésie ^ Et craignant d'en avoir trop dit : « C'est ma pensée, ajoute-t-il, et si je me trompe, qu'on me pardonne, je juge en père. Mais précisément parce que je suis père, je juge avec sincérité et sévérité. » Il avoue pourtant qu'il n'a pas été insensible à la délicate flatterie de son élève, qui se compare au téméraire

1 De poematis jucunditate, de invenlione et continualione, juro omnia nuUi unquam imitabile futurum, etsi fateantur imitandum. Ut jubés, exquisitius universa limabo, et quamvis per te manus summa conligerit, cœlum superfluae expolitionis adhibebo. (Epist. xxi.)

2 Tanta eleganlià , sqIus ut mihi videare assecutus, quod con- Ira rerum naturam est, brevitas ut obscura non esset. (Epist.

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