‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 45 sur 186 · CHAPITRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIÈME

Icare, et son maître à Dédale. « Non, dit-il, n'appelez pas ténaérité un vigoureux et sublime élan ^ » Et peu de temps après, il lui adressait la flatteuse épîlre suivante :

« A Paulin, Ausone. Car le mètre veut que vous soyez le premier, et que votre nom précède le mien. Et d'ailleurs le premier aussi vous avez été inscrit dans les fastes, et à Rome votre chaise curule a devancé la mienne. Et la couronne poétique qui ceint votre front est enrichie de ce ruban , glorieux signe de victoire, qui manque à la mienne. Mon seul avantage sur vous est ma longue vieillesse : mais cela est-il un avantage, et la corneille est-elle plus que le cygne? Autant je vous suis supérieur par l'âge, autant vous l'êtes à moi par le génie : ma muse s'incline respectueusement devant la vôtre. Vivez, portez-vous bien, et comptez autant d'années que votre père et le mien en ont compté '-. »

On possède une autre lettre, moitié en vers, moitié en prose, d'Ausone à Paulin, écrite à la singulière occasion que voici. Ausone avait un homme d'affaires , dont il fait un étrange portrait : un Grec devenu Gascon, et en cumulant les mœurs; brocantant sur tous les marchés, toujours sur le Tarn et la Garonne; habile à s'enrichir aux dépens de son maître. Il avait fait des greniers d'Hébromagus ses entrepôts,

^ Nisi ut et vegelam, et sublimem alacritalem tuam, temerilalem voces. (Epist. xix.) ^ Pauline Ausonius. Metrum sic suasit, ut esses

Tu prior, et nomea pra;grederere meum...

(Epist. XX.)

et s'y éternisait. Les gens de Paulin menaçaient de l'en chasser; Ausone demande à Paulin de le laisser là le temps nécessaire pour terminer ses affaires , puis de lui faire donner une barque quelconque, afin que, dit-il, se laissant aller au cours du fleuve, il arrive jusqu'au port voisin du lieu que j'habite, et sauve Lucaniacum de la famine de Pérouse et de Sagonte '.

C'est à cette époque de la vie de Paulin qu'il faut placer les deux petites épîtres en vers écrites par lui à Gestidius, et accompagnant l'envoi, l'une de grives prises à la chasse', l'autre de quelques huîtres pêchées sur les côtes de l'Océan'; poésies assez gracieuses, mais qui font plus d'honneur encore à l'ami qu'au poète.

Ces distractions n'étaient pas la seule occupation de Paulin; les études philosophiques, qu'il avait cultivées aussi avec passion dans sa première jeunesse, et auxquelles il revenait mûri par l'expérience de la vie, n'avaient pas pour lui moins de charme. Et si, dans les amusements littéraires dont nous venons de parler, jusqu'ici Ausone pouvait avoir sur son élève une supériorité, par le côté plus élevé de son esprit qui le portait à l'étude des grandes questions philosophiques, Paulin reprenait sur son vieux maître

1 Epist. XXII.

2 Poema i.

3 Oro libens sumas, nec vilia dedigneris,

(Juas sunt parva modo, magno metitus amore.

(Poema n.)

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