CHAPITRE QUATRIÈME (i
par Muralori, et attribué avec raison par ce critique à Paulin, nous en déterminerons dans le cours de ce récit avec précision la date, le montre discutant toutes les sectes, et faisant le tour de tous les systèmes :
Discussi, fateor, sectas, Antonius, omnes, Plurima qusesivi, per singula quseque cucurri '.
Et dans un autre texte, plus irrécusable, une de ses premières lettres à Sulpice Sévère, il confesse qu'il avait été jusque-là grand admirateur de l'humaine sagesse, et profondément oublieux de Dieu-. Ce n'est pas qu'il fût tourmenté du doute, et qu'il cherchât dans les philosophes des solutions aux grandes questions que l'esprit humain se pose; il avait la foi chrétienne, et la foi chrétienne contient la solution à ces questions; mais elle la contient par voie de révélation et d'autorité, non par voie de raisonnement et de démonstration ; et c'était là précisément ce qu'alors Paulin cherchait, l'explicalion
' Muratori, ad S. Paulini poema ultimum Prœfalio, établit par de solides raisons que ce poème est de Paulin. Mais quel peut être cet Antoine? Muratori ne le soupçonne pas. Risque^ rons-nous une hypothèse trop hasardée, en insinuant que oe pourrait bien élre celui auquel est adressée la constitution de Valentinien et de Gralien, de l'an 376, citée par nous ci-dessus, et qui fixe le traitement des rhéteurs et des grammairiens dans les métropoles? Sans aucun doute, Paulin connaissait le préfet des Gaules de l'an 376.
- Sapienliam mundi miser hucusque miratus sum, et per inutiles litteras reprobatamque sapientiam Deo mulus fui. (Epist. v, ad Severum.)
philosophique des choses. L'étude des philosophies était pour lui une curiosité d'esprit, plutôt qu'un besoin d'âme. Ces recherches hardies et subtiles lui plaisaient; il aimait à disserter et à écrire sur ces questions; ses lettres et ses poésies d'alors, si nous les possédions, nous donneraient sans aucun doute d'intéressants détails sur ce travail de son esprit. Ce que nous savons seulement par ses propres aveux dans un de ses poèmes, écrit de Noie, c'est que celte étude périlleuse faillit d'abord lui êlre fatale; des nuages passèrent sur son esprit, et de tous ces systèmes contradictoires il faillit ne remporter que le doute; mais le doute lui fît peur; sa foi ne périt pas, seulement elle demeurait impuissante à élever sa vie frivole jusqu'à la pratique chrétienne. Plus tard, les réflexions philosophiques , combinées avec d'autres influences, auront un autre résultat : celui de lui faire sentir par l'inanité des systèmes la nécessité d'une lumière plus haute et plus sûre, et aussi le besoin d'une vie moins vide au fond que celle dont il était alors charmé. Mais il lui faudra des années, et les secours que nous allons dire , avant d'en arriver là.
Pour le moment, qui l'arrêtait? Quel était pour lui l'obstacle? Ce n'étaient pas, comme pour saint Augustin, nous venons de le dire, les grandes erreurs; ce n'étaient pas non plus les grandes passions : sa vie avait été honnête, du moins selon le monde; et quels que soient les reproches dont nous le verrons s'accabler plus tard dans une sainte humilité, aucun