CHAPITRE QUATRIÈME
lui Paulin de Périgueux et Forlunat, onL raconté qu'en touchant simplement avec une éponge trempée dans l'huile d'une lampe, probablement une de ces lampes qu'on allumait sur le tombeau des martyrs, un de ses yeux alors malade, Martin le guérit instantanément ^
Emu et reconnaissant, il se recommanda instamment, lui et les siens, aux prières des deux saints évêques. Therasia était- elle là, et n'était-ce pas elle qui avait pieusement et adroitement ménagé cette rencontre? Quoi qu'il en soit, à partir de ce jour-là, Martin se prit à les aimer tendrement l'un et l'autre, ne séparant pas, disait Paulin , dans son affection, ceux qu'il voyait si tendrement unis eux-mêmes '.
J Paulinus^ vir magni postmodum futurus exenipli, cum oculum graviter dolere cœpisset, et jam pujiillam cjus crassior nubes superducta texisset, oculum ejus Martiiuis peiiiculo contigit pri- &tinamquc ei sanitatem, sublato omni dolore , restituil. (Sulp. Sev. Vita S. Martini, c. xxi.)
Quin et Paulino similis medicina salutom Reddidit, obducta cujus lum nube lalebat Visus, et infusis caiigo obtenta Icnebris Arcebat cunctam macularum tegmine lucem : Quam levis et tenui tactu suspensa fugavit Spongia, vicino benediclaî munere dextrae Mox admota oculo; didicit jam reddila lucem Ferre acies, lumenque novum mirata recepit.
(Paulin de Périgueux, de Vita S. Martini, lib. II.J
Paulinique oculum telra caligiiie mersuia Impositis manibus radius penetravit acutus... Martini digitis oleo manante lucernœ.
(Venantius Fortunat., de Vita S. Martini, lib. Il.j
2 Sic nos Martinus amavit. (Epist. xxxu, ad Severum.)
Plus tard, nous le verrons, Paulin écrira les merveilles de l'épiscopat de saint Victrice , comme son ami Sulpice Sévère celles de la vie de saint Martin ; mais alors il ne voyait dans l'évêque de Rouen qu'un ministre de Dieu vénérable : quand dans la suite il apprendra qu'il y avait dans cet évêque un martyr, il attribuera à ses péchés de n'avoir pas su assez en présence de qui il se trouvait, et de n'avoir pas eu l'immense bonheur de baiser ses cicatrices '.
Tel était donc à ce moment l'état d'âme de Paulin. Si les soucis de la vie mondaine le dominaient toujours, il n'en était pas moins fidèle à invoquer son saint Félix; il fréquentait les plus éminents prêtres de Bordeaux ; il se recommandait aux prières des saints évêques qu'il rencontrait; il eût baisé avec amour les plaies d'un martyr; il était lui-même l'objet d'une guérison miraculeuse : évidemment la grâce de Dieu veillait sur lui, le poursuivait; il ne se rendait pas cependant, il* ne se décidait pas à rompre avec les habitudes de sa vie, et trois ans encore nous séparent do son baptême -. Mais un voyage qu'il fit à Milan, l'année suivante (387), devait porter de nouveaux coups à cette âme encore hésitante et avancer beaucoup, sinon achever, sa conversion.
Le nom de saint Ambroise s'est déjà rencontré plus d'une fois sous notre plume : il est temps de
ï Epist. XVIII , ad Viclricium.
2 Car il ne nous paraît pas qu'on puisse placer le dernier voyage de Marlin à Trêves plus tard que 386.