CHAPITRE QUATRIÈME
avait passé sa jeunesse dans le monde, au milieu des affaires et des études, ce qui lui donnait une première harmonie d'àme avec Paulin. II s'était voué ensuite à l'étude de l'éloquence, et tout jeune il avait acquis au barreau un nom célèbre : ce qui était une seconde harmonie. Et enfin, né comme Paulin d'une mère chrétienne, il était resté comme lui simple catéchumène jusqu'à plus de trente ans'. » Il y avait d'autres harmonies encore, et aussi des contrastes : Ambroise n'était pas tombé des honneurs; librement, volontairement, par un noble élan de son âme, il avait quitté le monde pour l'Eglise, et de préfet il était devenu évêque. Tout se réunissait donc pour assurer à sa parole un puissant ascendant sur le futur évêque de Noie. Quels furent leurs entretiens? Paulin ne nous en a dit qu'un mot, mais qui laisse tout entendre. « Et moi aussi, écrivait- il à Alype, j'ai toujours été aimé d' Ambroise, et c'est lui qui m'a nourri dans la foi-. » Ces simples paroles en
1 Histoire de sainte Monique, par M. l'abljé Bougaud, p. 244.
2 Anibrosii semper et clilectione ad fidem innutritus 6um. (Epist. III, ad Alypium.) — Le docteur Busé écrit : « La lettre que saint Ambroise écrivit à Sabinus (nous en parlerons) après la conversion de Paulin , semble indiquer qu'à cette époque il ne connaissait pas personnellement le nouveau converti. Paulin , pendant son séjour à Milan, put très bien connaître Ambroise, célèbre par ses prédications et son influence, sans que celui-ci l'ait connu lui-même ». {S. Paidin et son siècle, ch. v, p. 123.] Le docteur rêve évidemment. Et quand donc Ambroise eût-il pu le nourrir dans la foi par sa tendresse, s'il ne l'avait pas connu? Et que veut donc dire ce petit mot, toujours, semper? C'est tout simplement par modestie que, dans sa lettre à Sabinus, Ambroise
font assurément supposer beaucoup plus qu'elles n'en disent. Mais s'il nous faut renoncer à savoir ce que Paulin ne nous a pas confié, il est facile de comprendre tout ce que la seule vue d'Ambroise ajoutait à ses paroles.
Augustin dans ses Confessions a peint en traits admirables ce qu'était une journée d'Ambroise. « J'allais le voir souvent, dit-il; je pénétrais jusque dans sa chambre, dont la porte n'était jamais fermée à personne, et où l'on entrait sans être annoncé; je le trouvais lisant tout bas, et jamais autrement. Je m'asseyais, et après être demeuré dans un long silence, car qui eût osé le troubler, le voyant si attentif? je me retirais, présumant que dans ces rapides instants permis au délassement de son esprit fatigué du tumulte de tant d'affaires, il lui serait importun d'être interrompu'. » Quelle belle vie on entrevoit là! Quelles journées, saintes, remplies, fécondes! Ambroise avaitil perdu au change ?
Une autre auréole que celle de la sainteté, celle de la gloire, entourait aussi Ambroise. Il venait de soutenir une polémique éclatante et victorieuse contre le préfet de Rome Symmaque, à propos de la célèbre statue de la Victoire. On sait que ce vieux symbole de l'idolâtrie romaine et de la fortune de Rome, qui ornait la salle des délibérations du sénat, donna lieu à un des incidents lesplus remarquables delà der-
sc lait sur la pari personnelli' qui lui reviiïiil dans celle eonvcrsion.
1 Confrsfi., 1. \'I , c. m.