‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 54 sur 186 · CHAPITRE QUATRIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIEME

nière lutte que se livraient le paganisme et le christianisme, à la fin du i\° siècle. Déjà Constance avait fait enlever ou voiler cette statue , dont la présence dans la curie semblait une ofïense à la foi des sénateurs chrétiens; Julien l'avait rétablie, Valentinien l'avait tolérée; de nouveau Gratien l'avait fait disparaître, et rien n'avait été plus sensible aux tenants obstinés du vieux culte. La partie païenne du sénat réclama une première fois auprès de Gratien , mais sans succès. Après sa mort, et pendant qu'Ambroise, député par Justine et le jeune Valentinien auprès de Maxime, était encore à Trêves, jugeant le moment favorable pour une nouvelle requête , les sénateurs païens chargèrent le plus habile et le plus éloquent d'entre eux, Symmaque, de la rédiger. Elle fut lue en plein consistoire impérial, et y fît une impression profonde. Symmaque avait déployé dans ce plaidoyer un art extrême. Rien de plus curieux que cette défense du paganisme expirant. La vieille religion de Rome n'est plus guère pour ses derniers fidèles que la religion des souvenirs; mais ces souvenirs leur paraissent partie intégrante de la patrie; les renier, c'est renier la gloire des ancêtres, c'est renier Rome elle-même , dont la constitution politique et les institutions religieuses étaient si étroitement unies, qu'ils les déclarent inséparables. Une philosophie supérieure, aux yeux de l'avocat du paganisme, conseillait d'ailleurs cette fidélité. Les rites religieux tendant tous au même but, à honorer le même Etre mystérieux, en soi ils sont, selon Symmaque, indiffé-

rents : « Car qu'importe, disait-il, par quels raisonnements chacun cherche la vérité? Une seule voie ne peut conduire au grand secret de la nature. » Pourquoi dès lors déserter le culte antique de la patrie, ces dieux sous les auspices desquels Rome a vaincu le monde? C'était à ce scepticisme tolérant, mais énervant, que le dernier progrès de la pensée philosophique païenne en était arrivé. On le retrouve dans la plupart des esprits cultivés d'alors; Ausone en laisserait apercevoir des traces; Paulin en avait reçu peut-être, malgré ses croyances chrétiennes, quelque atteinte. Quoiqu'il ne siégeât plus au sénat, cet écrit, qui avait retenti bien au delà du consistoire, car le nom de son auteur et la passion du temps avaient donné à la requête de Symmaque la plus grande publicité, ne pouvait pas être ignoré de lui, pas plus que la réponse que lui fit Ambroise. Car, à peine de retour à Milan, instruit de ce qui s'était passé au consistoire, Ambroise avait réclamé la requête de Symmaque, et s'était mis en devoir de la réfuter. Sa réponse est un chef-d'œuvre. « Il faut le voir déchirer tous les voiles délicats de la rhétorique et de la poésie dont s'était enveloppé Symmaque, dissiper d'un souffle toutes les équivoques, substituer partout aux nuages de l'allégorie les clartés de la foi, et à la stérile mélancolie des regrets l'espérance qui regarde en avant et commande à l'avenir ^ » Ces accents de

1 M. Albert de Broglie, l'Église et l'Empire romain au iv« siècle, t. V, p. 67. — Voir ce grand et bel ouvrage pour les détails et l'analyse des deux plaidoyers.

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