CHAPITRE QUATRIÈME
la foi et de la raison chrétienne convainquirent Valentinien, et la statue de la Victoire ne fut pas rétablie au sénat. Après avoir lu de telles pages, Paulin pouvait-il conserver un doute sur l'insuffisance, en présence d'une religion divinement instituée , de cette tolérance philosophique, de ce commode indifférentisme, de ce scepticisme pratique, dont se contentaient tant de lettrés et de rhéteurs, et lui-même peut-être.
L'éloquence et le génie d'Ambroise avaient éclaté dans ce débat : son caractère , sa grande âme venaient d'apparaître dans d'autres luttes; lui qui devait s'immortaliser bientôt à jamais en arrêtant sur le seuil de sa basilique Théodose couvert du sang de Thessalonique, il venait d'opposer à l'impératrice Justine, mère du jeune Valentinien, et protectrice des ariens , une résistance victorieuse. C'est dans cette lutte que l'amour du peuple pour lui s'était manifesté en de si beaux dévouements, et que son âme d'évêque avait resplendi en des paroles sublimes, dont Milan palpitait encore. Ainsi, à l'impératrice qui lui avait fait demander de céder aux ariens sa basilique : « Si on veut ma vie, avait -il dit, qu'on la prenne, mais ce n'est pas au prêtre à livrer le temple. » Et à l'eunuque Calligone, préfet du palais, qui le menaçait de lui couper la tête: « Tu agiras en eunuque , et je souffrirai en évêque. » Quelle magnanimité ! quel courage ! A quelles sources Ambroise puisait -il donc une telle hauteur d'âme?
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De plus, il parlait chaque dimanche au peuple. Non moins sensible qu'Augustin au charme des belles paroles , Paulin ne devait pas être moins assidu au pied de la chaire du saint évêque; et là, qu'entendait- il? Ambroise expliquait la sainte Écriture, simplement et avec noblesse, évitant la controverse, mais tirant des textes sacrés, au moyen de fines et ingénieuses interprétations , des leçons morales admirables. Qu'il y avait loin de cette éloquence à la rhétorique d'Ausone, à cet art frivole de limer des phrases, de chercher des antithèses, de flatter l'oreille et rien de plus ! Voilà une éloquence qui, sans être moins harmonieuse, était autrement efficace, qui élevait les âmes et corrigeait la vie. Ce n'est pas tout, et une autre leçon plus directe encore, à laquelle l'élève d'Ausone devait être surtout sensible, lui était faite par Ambroise. Paulin était poète; Ambroise aussi; il venait de se révéler tel précisément dans ces luttes dont nous avons parlé, alors qu'assiégé dans sa cathédrale par la cour, et gardé nuit et jour par le peuple, pour occuper saintement de si longues heures, il avait imaginé de composer et de faire chanter des hymnes , qu'en eflet le peuple chanta, et avec un tel enthousiasme que les ennemis d' Ambroise disaient qu'il avait ensorcelé la foule par ses chants magiques*. Pour sentir quel coup de lumière dut venir do là à Paulin, il est nécessaire que
1 Ilymnorum quoque meorum carminibus deceplum populum ferunt...; plane nec hoc abnuo. (Ambros. Opusc. de Spiritu sanclo, in epist. xxxi.