CHAPITRE QUATRIÈME
nous fassions entendre ici quelques accents de ces hymnes; Racine, qui les a merveilleusement traduites, va nous prêter sa poésie :
Pour chanter ici tes louanges Notre zèle, Seigneur, a devancé le jour; Fais qu'ainsi nous chantions un jour avec les anges Le bien qu'à tes élus réserve ton amour.
Lève-toi, soleil adorable.
Qui de l'éternité ne fais qu'un heureux jour; Fais briller à nos yeux ta clarté secourable , Et répands en nos coîurs le feu de ton amour.
Que ce jour se passe sans crime ; Que nos langues, nos mains, nos yeux soient innocents; Que tout soit chaste en nous, et qu'un fi'ein légitime Au joug de la raison asservisse nos sens.
Chantons l'auteur de la lumière.
Jusqu'au jour où son ordre a marqué notre fin ; Et qu'en le bénissant notre aurore dernière Se perde en un midi sans soir et sans matin.
Les chants du soir n'étaient pas moins beaux :
Tandis que le sommeil, réparant la nature, Tient enchaîné le travail et le bruit.
Nous rompons ses liens , ù clarté toujours pure ! Pour te louer dans la profonde nuit.
Que, dès notre réveil, notre voix te bénisse;
Qu'à te chercher notre cœur empressé T'offre ses premiers vœux, et que par toi finisse
Le jour par toi saintement commencé.
Nous t'implorons, Seigneur, tes bontés sont nos armes; De tout péché rends-nous purs à tes yeux ;
Fais que l'ayant chanté dans ce séjour de larmes, Nous te cliantions dans le repos des cieux i.
C'était la poésie chrétienne qui naissait. Paulin ne connaissait encore que la poésie mythologique, forme usée, d'où l'inspiration depuis longtemps s'était retirée. Sous la poésie d'Ambroise, il sentait palpiter une âme, un esprit de vie, une croyance, une conviction; Paulin comprit que la poésie qu'il s'obstinait à cultiver était morte; une autre source lui était ouverte : ce fut là pour lui une révélation aussi salutaire que nécessaire.
Les réflexions que tous ces spectacles devaient faire naître dans l'esprit de Paulin, les fortes et douces paroles par lesquelles Ambroise nourrissait sa foi, suffirent -elles pour faire comprendre au consulaire désabusé, au littérateur étonné, la profonde misère d'une littérature, d'une science, d'une vie, où Dieu n'est pas; où l'âme est tenue en oubli, et ses besoins supérieurs et ses espérances immortelles comptés pour rien? Il ne semble pas, puisque le baptême de Paulin va se faire attendre deux ans encore. Chose étrange , qu'une telle lumière , si simple, si palpable, quand on la regarde en face, soit si difficile à mettre dans un esprit et dans une conscience sincères, et qu'il faille, même à un homme qui a la foi , tant de peine pour arriver à la pratique et tourner sa vie vers son vrai pôle! La fas-
^ On a attribué un grand nombre d'hymnes à saint Ambroise. Onze seulement paraissent parfaitement authentiques.