‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 57 sur 186 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

cination des choses est donc bien grande ! La chair et le sang nous tiennent donc bien fort! Oui, et ce qui fait qu'une conversion est si belle, c'est qu'il y faille tant d'efforts. Mais si Paulin ne fut pas encore décidé , il fut du moins bien ébranlé ; et quand il retourna en Gaule, à Bordeaux, où il devait retrouver toujours Delphinus et Amandus, il était blessé au cœur.

La victoire définitive fut-elle due à une autre influence, dont nous n'avons pas encore parlé, mais qu'on pressent, la plus douce, la plus forte peut-être; qui se laisse deviner plus qu'elle ne se montre ; cachée, mais toujours présente et toujours agissante? Nous voulons parler deTherasia. Si incomplets que soient encore ici les documents, ils en disent assez pour n6 pas laisser de doute sur la part décisive qu'elle eut dans le retour à Dieu de son mari. Elle en est accusée formellement par Ausone, et saint Augustin l'en félicite ouvertement, nous le dirons; et son courage à suivre, à pousser Paulin dans la vie parfaite, comme aussi la vénération que nous verrons s'attacher de la part de tous à elle comme à lui, le révèlent encore mieux. Le P. Lacordaire a traité de cette influence de l'épouse chrétienne sur son époux avec sa délicatesse et son élévation ordinaires. « La vie, dit- il, devient sévère en déclinant vers le soir; les déceptions abondent; la lumière des choses se ternit; les soucis creusent le front, et l'ambition même, lasse du succès, laisse échapper ce cri de la vanité trompée :

Mon cœur, lassé de tout, demandait une erreur Qui vînt de mes ennuis chasser la nuit profonde , Et qui me consolât sur le trône du monde.

Or, cette erreur cherchée, si c'est une erreur, qui la donne, que l'épouse? C'est elle qui colore les événe-. ments heureux, qui embaume les revers, qui reçoit au seuil du foyer domestique ce fugitif des honneurs, tout meurtri de sa chute, ce proscrit de la pensée qui n'a remporté de la science que le martyre du doute; elle infiltre dans ces âmes brisées le détachement et la certitude, et ravive leur vie mourante aux sources de l'éternité '. »

Therasia avait à recueillir précisément un de ces fugitifs des honneurs, tout meurtri de sa chute, et, sinon un proscrit de la pensée, tourmenté du martyre du doute, du moins une victime de la littérature frivole, un indifférent de la foi, qui n'avait jamais su donner à sa vie sa vraie direction et sa vraie lumière. Elle avait à lui apporter, non pas une erreur, mais la vérité, et à lui infiltrer, comme dit si bien le P. Lacordaire, ces deux choses, préliminaires essentiels de la vie chrétienne, le détachement et la certitude : le détachement de ces faux biens qui retiennent encore par tant de liens, même quand le dégoût est venu, et la certitude, l'espérance, l'amour de ces autres biens invisibles, permanents, qui ne sont rien pour tant d'hommes, et qui en réalité sont tout. Elle fit l'œuvre, nous le voyons à l'ombre discrète où elle reste tou-

' Conférences de Notre-Dame, la Famille.

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