‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 58 sur 186 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

jours cachée, avec une douceur et une patience admirables; sans luttes, sans controversés; épiant les circonstances favorables; se prêtant, comme c'était son devoir, à la vie de son mari; la lui faisant aussi agréable que possible; s'intéressant à ses relations, nous l'avons vu dans la correspondance de Paulin avec Ausone, et à ses futiles divertissements littéraires comme à ses peines réelles, pour avoir le droit de le conseiller au besoin; attentive à placer son mot, son insinuation à propos ; lui ménageant comme à un cher malade la lumière, et ne le pressant et ne le poussant enfin que quand elle le vit ébranlé, et n'attendant plus que cette dernière impulsion que nul n'est plus en mesure de donner qu'une épouse adorée à un mari tendrement aimé.

Enfin Paulin se décida, et nous pouvons saisir, dans ses poèmes et dans ses lettres, après quel travail de sa pensée. Il s'en est expliqué avec Ausone et avec Sulpice Sévère; plus tard, dans les exhortations qu'il adressait à Jovius, il livrait évidemment le secret des pensées qui l'avaient converti lui-même. A l'aide de ces documents et de quelques mots semés çà et là dans ses autres écrits, nous pourrons retrouver le travail intime que nous cherchons; et bien qu'il faille, dans l'histoire des âmes, n'employer les textes qui les révèlent qu'à leur place, c'est-à-dire à leur date, ce qui seul leur donne tout leur sens et toute leur valeur, lorsque cependant ils peuvent éclairer une situation d'esprit antérieure, et qu'ils sont d'ailleurs la seule ressource de l'historien, il est

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permis d'anticiper; sauf plus tard à les replacer dans toute leur lumière.

11 n'y eut pas d'orage dans son âme, pas de cris et de larmes , comme pour saint Augustin ; ce fut une illumination paisible, une lente et mûre conviction, une claire vue de quelques vérités, simples, palpables, de sens commun, on peut dire, depuis le christianisme, quoique bien neuves pour le monde païen , et qui éternellement convertiront les hommes qui voudront se donner la peine de les regarder.

A son retour de Milan, pour lui, les lettres païennes sont jugées. Vaines et vides fictions^ : à quoi menait cette mythologie, cette poésie, cette littérature ? Chant de sirènes , capable seulement de faire oublier la patrie, charme des oreilles, pur amusement: qu'y avait -il là pour la vie véritable-? Elles ont assez amusé sa jeunesse : aujourd'hui que les révélations de la vie sont venues, que l'âge est plus mûr et la pensée plus grave, n'est-il pas temps de se tourner vers quelque chose de plus solide ' ?

1 Fabiilosis lilteris. — Ad Aus., Poema.

2 ëolis placitura auribus... Sirenarum carmina...

(Epist. xvi, ad Jovium.) Corda falsis atque vanis imbuunt, Tantumque linguas instruunt, Nihil afférentes ut salutem conférant. {Ad Aus. ;,Poema x.)

3 Decuerunt hidicra parvum, Nunc animis gravior, quantum provectior annis, Aspcrnare levés niaturo corde Camœnas.

{Ad Jovium, Poema xix.) Milîi œtas provectior... potuit maturare gravitatem, (Epist. v, ad Scverum.)

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