‹ Histoire de Saint Paulin de NoleChapitre 59 sur 186 · CHAPITRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME

La philosophie aussi fut jugées Elle avait eu le mérite d'élever sa pensée plus haut que les frivolités littéraires, et de l'arracher à l'indifférence pour les grands intérêts de l'homme et les grandes questions : l'origine, la fin, la vie. Mais elle avait trompé son attente, et au lieu de l'éclairer sur ce qu'il faut craindre ou espérer, elle ne lui avait donné que l'incertitude et le douter Elle qui promettait l'explication de tout, ne possédait l'intelligence de rien; mer incertaine, où l'esprit humain erre, emporté à tout vent de doctrine; sol mouvant, où l'on ne peut poser nulle part le pied avec sécurités II en était alors comme aujourd'hui, les philosophes avaient beaucoup de belles paroles, mais peu de solutions; ils cherchaient et ne trouvaient pas; ils dissertaient et ne concluaient pas; ils marchaient toujours et n'arrivaient jamais*. Et pourtant, on marche pour arriver; la vie a un but, et vivre, c'est évidemment le grand but de la vie. Qu'est-ce qu'une science qui

1 Vis sophorum callida.

{Ad Aus., Poeina x.)

2 Spem inler ac metum semper ambiguis afFectionibus pendons, (Epist. XVI, ad Jovium.)

3 Omni venlo cujuslibet doctrinfe circumlata, quia sapientiœ capiit non habet, unde intellectum rerum capiat, ubi sen(entiam suam statuât. (Ibid.)

^ Semper qujerentes sapientiam, et nunquam invenienles.

{Ibid.) l'hilosophos credam quidquam rationis habere, Qui ralione carent, quibus est sapiens vana, Tractantes semper, ncc definire valenles!

[Carmen idlimum.)

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n'apprend pas à vivre? Mais peut-on vivre d'erreurs, de négations et de doutes? Peut-on se laisser ballotter par les systèmes, comme un naufragé par les flots, et rester tranquillement suspendu entre le ciel et la terre, entre le néant et l'éternité? Le doute est un supplice; il etïrayait Paulin; cette âme avait un besoin invincible d'espérance'. Cette impuissance de la philosophie, obtinée à chercher Dieu sans Dieu-, lui fit comprendre l'immense bienfait de la révélation. Il faut un révélateur. Le vrai, comme le bien, ne peut venir à nous que de sa source, qui est Dieu , et Dieu a daigné se faire homme pour nous le communiquer. Alors pourquoi chercher quand tout est trouvé ? Pourquoi écouter de vains maîtres quand le vrai Maître a parlé? Le révélateur, le Maître, c'est le Christs La vérité est dans sa parole, le repos dans la foi, et le devoir, la grande loi de la vie, c'est la conformité à la lumière qui vient de lui ^. Telle fut donc sa conclusion; après avoir tout vu,

1 Vita morlalis in laboribus et aerumnis fréquenter exercitata... (potiiil) de spei necessilate ac dubiorum metu cultum religionis augere. (Epist. v, Ad Sev.) - Deum quœrentos sine Deo. (Epist. xvi , ad Jovium.) ■î Quid enirn tenere vel bonum vel veriim queonl, Qui non lenent summœ caput, Veri bonique fomitem et fonîem Deum,

Queni nenio nisi in Christo videt?

Hic veritalis lumen est, vitn^ vita,

(Ad Aits., Poema x.) '• Suis ut pareamus legibus

Luccmque cernamus suam.

; Ad A us., Poomn x.)

CUAPlTUlî QUATRIÈME 93

tout lu, tout scruté,- il n'avait trouvé rien de meilleur que de donner sa foi au Christ :

Pluriiua quœsivi, pcr singula quaîque cuciirri, Et iiihil inveni melius quam credere Chrislo i.

Une fois arrivé là, et sérieusement tourné à cette lumière évangélique, il se fit, selon sa belle expression, comme une fulguration d'en haut dans son âme, et une rénovation de ses pensées-; la vie et le but de la vie, les droits de Dieu et le devoir de l'homme, lui apparurent avec une clarté suprême, et toutes choses sous leur vrai point de vue^ Par son droit souverain, parce qu'il est le Seigneur, le maître, Dieu réclame de l'homme ce que l'homme tient de lui, c'est-à-dire tout^ Telle est, la raison elle-même le proclame, la justice éternelle, l'ordre nécessaire des choses ; et l'homme véritablement homme c'est celui qui vit conformément à cette lumière de la raison ^ Mettre chaque chose à sa place,

1 Carmen ultimiim.

- Ilic ergo noslris ut suum pra'Conliis Vibraverit cœlo jubar, ....habilum mcnlis innovât. [Ad Ans., Pocma x.)

3 Ut videas, pulsà caligine, magna trcmendi

Jura Dei. [Ad Jovium, Pocma xix.)

■^ Sibi reposcens ab bomine munus suum, Vivamus ut vilœ Palri...

Totusque noslra jure Domini vindicat

Et corda, et ora, et tempora. [Ad Ans., Poema x.) ^ Ordine juslo

Verus homo, quia mente potens, in qua rationis Lumen habet.

[Ad Jovium, Poema xix.j

par conséquent Dieu à la sienne, c'est-à-dire à la première, le permanent avant le passager, et, vers admirable! l'éternité de la vie future avant l'inanité du siècle présent, voilà le besoin, la vérité, la lumière ^ Renverser cet ordre, c'est mettre sa vie dans le faux et dans le mal, dans la déraison et dans l'injustice : c'est la perdre ^ Et n'était-ce pas ainsi qu'il avait vécu jusque-là, plaçant au premier rang ce qui devait être au dernier, et au dernier ce qui devait être au premier ^7 Donc, malgré son apparente honnêteté, sa vie était coupable % et avec sa littérature et ses ambitions, qu'avait-il fait autre chose que tisser avec des œuvres vaines et stériles des toiles d'araignée^? Il avait été déjà tout ce qu'on peut être dans le monde, opulent, renommé, honoré; peut-être édile et préfet de Rome; certainement sénateur, consul, gouverneur de province; ces dignités qui Fenivraient autrefois, avant qu'il les eût regardées dans la vraie lumière, pâlissaient maintenant, aux clartés nouvelles qui l'éclairaient, et perdaient à ses yeux tout prestige. Inquiétudes, troubles, et, en fin de compte,

1 Tota quibus jam lux paluit verique bonique : Venturi cuternum sœcli , et prfosentis inane.

(Ad Atis., Poema x.)

2 Tempora sub vacuis ducentem perdita curis.

[IbUL)

3 Posthabenda prœposuit, et prîeponenda posthabuil (Epist. XXXV, Ad Delphinum.)

* ïenipore... quo non perversus habebar,

El perversus eram. (Ad Aus., Poema x.)

*• Texentes operibus vacuis araneœ telam. (Epist. xxxvi, ad Amanduni.)

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